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5 9 6 DE L'AIRE DES ESPÈCES.
contraire, ne le sont pas le moins du monde. Les fruits gros et pesants de
plantes qui ne vivent pas près de la mer ou près des fleuves ; les fruits
charnus, dont les graines ou les noyaux ne sont pas très durs ; les graines
qui pourrissent promptement, qui perdent vite leur faculté de germer^ sont
des obstacles à l'extension des espèces.
L'abondance des graines, toutes choses d'ailleurs égales, rend les
transports plus probables, plus efficaces.
Il y a des régions en communications constantes les unes avec les
autres. Si, par exemple, deux régions se trouvent contiguës, le vent, les
courants, tous les moyens de transport exercent leur action, et cette action
est au maximum si les conditions de climat comportent les mêmes espèces.
L'isolement, la distance, la séparation par des déserts, par des pays de
climat très différent, sont des causes de nature opposée, qui restreignent
les habitations d'espèces.
Zt''Les graines pourraient être nombreuses, faciles à transporter, douées
d'une longue vitalité, placées à l'origine dans un pays d'où elles ont pu sortir
aisément; tout cela serait fort inutile si une fois parvenues dans un
pays nouveau, elles ne pouvaient pas s'accommoder des conditions extérieures
nouvelles. Ainsi, la nature physiologique de l'espèce ; sa faculté de
résister, par exemple, aux extrêmes de froid et de chaud, de sécheresse et
d'humidité ; enfin, les ennemis qu'elle rencontre dans les plantes et dans les
animaux du pays où elle est transportée, toutes ces circonstances influent
notablement sur l'aire.
Les causes actuelles d'extension se groupent donc en trois catégories :
Transports plus ou moins faciles, plus ou moins fréquents de graines
propres à germer; — connexion ou séparation plus ou moins réelles de
terres ayant des climats plus ou moins analogues ; — qualités intimes et
physiologiques de chaque espèce. Ces catégories de causes se rattachent,
comme je le disais, tantôt à la nature des plantes, tantôt à celle des pays.
Outre les causes actuellement existantes, il y en a probablement d'autres
antérieures : par exemple, des moyens de transport difl'érents à une autre
époque géologique ; des îles ou des continents qui liaient des terres aujourd'hui
séparées; peut-être une existence plus ancienne de certaines espèces,
ou des conditions de climat jadis plus favorables à certaines plantes, ou
enfin le nombre originel des individus de chaque espèce ; car il n'est point
prouvé que, dans le règne végétal et pour toutes les espèces, le nombre primitif
fut de un ou deux individus par espèce, et il est possible que, dès son
origine, chaque espèce ait été représentée par un grand nombre d'individus.
On est forcé de recourir quelquefois à ces causes antérieures, les causes
actuelles ne suffisant pas pour expliquer les faits. D'ailleurs, diverses con-
CAUSES DE L ETENDUE RELATIVE DES AIRES. 597
sidérations de géologie et de physiologie, dont je parlerai dans le chapitre
spécial où je traiterai de l'origine des espèces, me persuadent que les
plantes de notre époque remontent à des époques précédentes.
Quelques mots sur la manière de discerner ces causes de nature très
diverse.
§ m . MANIÈRE DE DISCERNER CE QUI TIENT AUX CAUSES BOTANIQUES OU PUYSIOLOGIQUES
ET AUX CAUSES GÉOGRAPHIQUES, AUX CAUSES ACTUELLES ET AUX CAUSES
ANTÉRIEURES.
Sur un même continent, les causes actuelles ont agi depuis quelques milliers
d'années et ont dû produire tout leur effet, ou à peu près. L'influence
de l'homme a varié, mais les causes naturelles, comme le vent, les oiseaux,
les diversités de climat, etc., ont produit sur la diflfusion des espèces la totalité,
pour ainsi dire, de ce qu'elles peuvent produire, en raison de la nature
de chaque pays et de chaque espèce. Par conséquent, si les plantes d'une
certaine famille ont une aire restreinte sur les continents en général, évidemment
elles doivent offrir dans leur structure, ou recélerdans leurs dispositions
physiologiques des causes de non-extension. Il ne suffit pas pour
cela de trouver l'aire restreinte dans une seule région continentale, car on
pourrait alors soupçonner des causes physiques locales ; mais quand les espèces
d'une famille offrent sur des continents divers une faible extension, les
causes ne peuvent être que dans la structure ou les qualités physiologiques
de ces plantes. Sous ce point de vue, l'étude faite ci-dessus (p. 512, 513)
de l'aire des espèces dans l'intérieur del'xifrique australe et dans l'étendue
de l'empire russe est extrêmement concluante, les deux contrées étant singulièrement
différentes quant aux conditions géographiques et physiques.
Je regrette beaucoup de ne pouvoir comparer de la même manière des
pays.équatoriaux, afin d'obtenir des renseignements sur d'autres familles.
Dans l'intérieur de l'empire russe et au Cap, nous voyons les espèces appartenant
aux Liliacées, aux Rutacées, aux"^ Zygophyllacées, ofl'rir une aire
fort au-dessous de la moyenne. Les Légumineuses, Borraginées, Orobanchacées,
Euphorbiacées, Iridées, sont dans le même cas, mais d'une
manière moins caractérisée. J'en conclus que c'est par la nature de ces
plantes qu'elles sont peu répandues, et je n'ai plus qu'à chercher si la
cause vient des graines (leur forme, leur durée, leur nombre, etc.), ou de
la qualité physiologique intime de ne pas résister aux grandes diversités
de clim.at qui accompagnent nécessairement une habitation étendue.
L'inverse, c'est-à-dire une aire très vaste sur les continents, n'est pas
une preuve de causes botaniques ou physiologiques contraires. Les espèces
d'une famille peuvent avoir gagné une aire très vaste par des causes qui
n'existent plus, mais dont les résultats se font sentir. Les effets de causes