
XVIII PREFACE. PRÉFACE. XIX
feuilleté de livres devenus inutiles faute de citations, pour négliger
celles-ci, du moins en ce qui concerne les faits. Quant aux
opinions et aux théories, il n'en est pas de menie : elles appartiennent
un peu à tout le monde. Lorsqu'on étudie riiistoire delà science^
ou les trouve presque toujours en germe dans de vieux écrits, et ce
n'est pas ajouter beaucoup à leur mérite de citer Fauteur qui paraît
les avoir exposées le premier. Mieux vaut souvent indiquer celui qui
les a fail valoir avec le plus de force, ou qui les a soutenues par des
observations nouvelles. En général, à moins d'écrire une biographie
ou de faire des recherches historiques, il est bien permis de ne
pas remonter laborieusement aux origines de chaque idée.
Une satisfaction que j'ai éprouvée a été de n'introduire aucun
terme nouveau. Bien plus, il m'a été possible de renoncer, sans inconvénient,
à deux ou trois expressions techniques, dont je m'étais
servi autrefois, et je l'ai regardé comme un progrès.
Dans le même désir de simplification et de clarté, j'ai employé les
noms latins des genres et espèces, de préférence aux noms français,
anglais, allemands, etc. Ce n'est pas que je dédaigne la connaissance
des noms vulgaires. Je les recherche pour constater certains détails
de l'origine ou de l'histoire des espèces, principalement des plantes
cultivées; mais c'est une tendance heureuse, à mon avis, de la civilisation
moderne, de remplacer les noms vulgaires d'une foule de
langues et de dialectes par un seul nom, commun à tous les peuples
et basé sur des règles positives.
Je n'aurais rien dit sur ce point secondaire, si depuis quelques
années des littérateurs de beaucoup d'esprit, et même des naturalistes,
qui auraient dû avoir des idées plus réiléchies sur la nomenclature
, n'avaient répandu dans le public des idées assez fausses.
Les uns ont voulu ridiculiser les noms latins 5 les autres ont essayé
de populariser des noms vulgaires. Si l'on veut plaisanter avec les
premiers, je me charge de citer, pour chaque nom botanique, un
nom français, anglais, allemand, russe ou autre, tout aussi ridicule
que le nom botanique ; môme plus ridicule, car le latin, du moins,
a ce mérite de pouvoir être prononcé par tous les peuples^ tandis que
certains noms anglais torturent une bouche française, et certains
noms français une bouche anglaise. Si l'on traite la question sérieusement,
je ferai une seule remarque, à ajouter aux considérations
très sensées qui se trouvent dans les traités de botanique en faveur
d'une seule nomenclature pour tous les peuples et pour toutes les
provinces d'un môme pays.
Pourquoi certains noms scientihi[ues paraissent-ils bizarres, môme
ridicules, à plusieurs personnes ? Est-ce parce qu'ils sont latins ? Pas
le moins du monde, c'est uniquement parce qu'ils sont nouveaux 5
j'entends nouveaux pour le public. On se récrie sur des noms tels que
Phaca, Lophanihus, Tanacetum, (ju'on n'a jamais entendus ; mais
on trouve Géranium, Resecla^ Hortensia^ môme Rhododendron ou
Fuchsia tout à fuit naturels. Les uns sont peu connus, les autres sont
entrés dans le cercle des habitudes et des notions de tout le monde.
Dites à un Français non botaniste, que telle plante s'appelle il
trouvera le nom aussi singuher que si vous lui appreniez le nom latin
Ajuga, quoique celui de Bugh soit dans le Dictionnaire de l'Académie.
Parlez à un ouvrier anglais de la plante nommée dans sa langue
Nipple-wort^ il aimera autant le nom Lampsana des botanistes,
et il rira peut-être de tous les deux, parce qu'il ne les a pas entendus
auparavant. En fait de noms, il n'y a de bizarre que les noms nouveaux,
qu'on entend et qu'on prononce rarement.
il en est, à cet égard, des noms de plantes exactement comme des
noms de localités et des noms d'hommes. Voici un petit village dont
lenomallemand, russe ou turc, est parfaitement ridicule ouimpossible.
dit-on, à se rappeler : on y livre une bataille; dès lors et à jamais ce
nom est dans toutes les bouches. Voici un homme obscur, inconnu,
qui porte un nom incroyable : cet homme devient célèbre, ou acquiert
seulement une notoriété de mauvais aloi; personne n'hésite pour le
nommer. Autrefois, à une époque d'ignorance, les villes avaient des
noms différents dans chaque langue, et il en reste encore des exemples
qui produisent parfois des équivoques risibles et qui surchargent
bien Jnutilement la mémoire : on dit pour les mêmes villes, en français
Liège et en allemand Lultich, en français Avenche et en allemand
WiffVishurg^ en itahen Livorno^ et en anglais Leghorn, C'est l'idéal
d une nomenclature par le moyen des noms vulgaires. Peu à peu, on
a trouvé plus simple que chaque ville n'eût dans toutes les langues
qu un seul nom, et les géographes ont eu le bon esprit d'encourager
cette tendance. La même chose arrivera, j'en suis persuadé, pour les
noms de plantes 5 mais c^est aux botanistes de donner toujours
1 exemple et au public de s'y prêter.
Nous vivons à une époque dans laquelle on imprime énormément 5
beaucoup d'anciens livres ne méritent pas de tomber dans l'oubli, et
cependant les heures dont chacun dispose pour la lecture ne peuvent
pas augmenter. De là une nécessité absolue, ce me semble, de mettre
plus d'ordre dans les livres, et de penser à ceux qui les consultent