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/ J ' 2 8 mivMvrrnos m:s INDIVIDUS DANS I/HAIÎITATION DK L'ESPKCK.
-l'ai comiDencé par citer des espèces dont tout le inonde parle comme
spéciales à certaines natures minéralogiques, ou comme exclues par certains
sols. On voit que leur prétendue spécialité se réduit à une préférence.
Un grand nombre de botanistes observent des diversités de végétation,
dans un même pays, entre des sols minéralogiqnes différents ; ils constatent
qu'une espèce n'existe ¡)as sur granite ou sur calcaire, et ils croient avoir
prouvé quelque chose de général. Ce ne sont que les éléments delà question
qu'ils ont recueillis; éléments utiles et meme indispensables, mais qui
ne sont que des unités dans le problème. 11 iaut rapprocher les données
d'un pays avec celles d'autres pays, pour obtenir quelque chose de concluant.
Dans une même région, la température, la quantité de pluie et la
répartition des pluies étant assez uniformes, il est évident que les sols
argileux, ou calcaires, ou granitiques, auront dans diverses localités des
conditions physiques semblables. Le lait qu'une espèce existe, dans cette
région, seulement sur un certain sol, peut donc ne tenir qu'à la constance
des conditions physiques. 11 faut sortir de la région, et voir si, avec d'autres
conditions extérieures, l'espèce existe toujours sur la même nature de sol.
Plus on étendra ces conq)araisons, plus on approchera do constater la
vérité absolue. Malheui'eusement, les habitations d'espèces sont trop limitées
pom' que Ton puisse toujours et d'une manière assez complète se livrer
à des recherches de cette nature. Sans doute, la comparaison des pays
prouvera que plusieurs des espèces, considérées çà et là comme propres à
certains sols, ou connue en étant exclues, ne sont pas aussi particulières à
cet égard qu'on le dit, et ne sont cantonnées sous le rapport du terrain
qu'en raison des qualités pliysiques et locales et non des qualités chimiques
invariables; mais en même temps, lorsqu'une espèce se trouve propre à une
seule nature de sol dans deux, trois ou quatre pays différents, elle serait
peut-être sortie de cette catégorie de plantes, si son habitation géographique
étant plus vaste avait permis d'observer ailleurs, sous des climats encore
plus différents, la répartition locale quant au sol. En d'autres termes, il
est aisé de prouver, par la comparaison de quelques Flores, que certaines
espèces, considérées par les botanistes d'un pays comme propres à un sol
minéralogique, ne le sont pas sous d'autres conditions de climat; mais il
n'est jamais possible de démontrer, d'une manière complète, qu'une espèce
exige toujours et partout un certain sol, ou qu'elle en est toujours exclue.
11 faudrait cependant avoir cette preuve pour admettre que la qualité
chimique (non physique) d'une substance exclut une espèce.
A défaut de démonstration complète, la comparaison des pays montrera
nu moins que lu grande majorité des espèces a une répartition réglée par des
CAl'SKS LOCALKS DKTI^K.Ml.NANT IJiS STATIONS.- liii)
causes physiques, non chimiques, de chaque localité. Le doute sera restreint
à un nombre d'espèces très limité, ce qui déjà pour la science est un
résultat de quelque valeur.
Wahlenberg avait compris parfaitement ces bases rationnelles delà question,
lorsque dans sa Flore des Carpathes, il écrivait le cliapitre intéressant
De indole uiphim (p. LX). 11 énumère six espèces qui ]ie croissent que sur
granite, dans la chaîne des monts Carpathes, et trente-huit espèces qui ne
croissent que sur calcaire, dans la même chaîne. Puis il ajoute (p. LXIV) :
«Je me suis assuré que plusieurs des planies du calcaire hahilent
dans d'autres montagnes sur du granite. » Et il en cite plusieurs exemples
: Le Dryas octopetala, propre au calcaire dans les Carpathes, se trouve
sm' toutes les montagnes granitiques de Laponie, et souvent aussi sur les
Alpes de Suisse, notamment au Saint-Gothard; les Gentiana nivalis etglacialis,
en Lapoiiie, sont sur' granite; les Gentiana verna et acaulis, au
Saint-Gothard, s'élèvent très haut sur le granite, etc. 13e môme, continue
Wahlenberg, plusieurs des plantes qui sont propres au granite dans les
monts Carpathes, se trouvent en Suisse sur, calcaire, tels sont les Geum
reptans (a) et Ranunculus glacialis.
Avec ces restrictions observées par le savant et ingénieux botaniste-géo--
graphe, le nombre des espèces propres au granite dans íes Carpathes, et
qui n'avaient pas été trouvées ailleurs sur d'autres terrains, se réduisait de
6 à /| ; le nombre des espèces propres au calcaire, de 38 à 20. Des observations
subséquentes ont montré qu'il faut encore réduire ces chiffres.
Parmi les plantes du granite^ l'Androsace obtusifolia a été vu sur basalte,
dans les monts Sudètes (lvoch,\S'?/?z., i'^édit., p. 58/¡); le Gentiana frigida
est si rare ailleurs que son absence sur les montagnes non granitiques ne
prouve à peu près rien ; l'Angelica Archangelica existe eu Suisse sur divers
terrains (Mohl, Verm. Schriftp. /|22), et même dans les Carpathes et
en Gallicie, on l'a trouvé, depuis Wahlenberg, sur du calcaire (Zawadski,
Fl. GaLj p. xiv); le Senecio incanus existe au mont 'Viso(Mutel, FL Fr. ;
Godron et Gren., FL Fr.),montagne formée de serpentine, entourée d'un
schiste talqueux, roches où la silice abonde, mais qui ne sont pas précisément
granitiques; de sorte que des six espèces propres au granite dans les
Carpathes, il y en a trois qui existent ailleurs sur diverses roches, même
sur calcaire, deux qui existent ailleurs sur basalte ou sur serpentine, et
ime seule propre au granite, mais tellement rare en Europe, que son absence
d'une foule de localités non granitiques n'a pas de valeur. Parmi les
(a) Même dons les Carpathes, le Cemn reptans est quelquefois sur calcaire (Zawadski,
Pl. gaiic.. p. 1 ii. -
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