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XIV PREFACE.
tain districi;, sous des conditions connues, est une experience de
physiologie propre à nous instruire sur le mode d'action de la chaleur,
de la lumière, de Fhumidité, et des modifications si variées de
ces agents. Cette circonstance heureuse conduit à reconnaître des
lois qui s'appliquent à la physiologie végétale et animale, ainsi
qu'à l'étude des climats.
Enfin, la distribution actuelle des êtres organisés étant la continuation
et la conséquence d'une distribution antérieure, il est pré--
cieux d'avoir pour l'un des règnes des données aussi nombreuses et
aussi certaines que celles fournies par la géographie actuelle des végétaux.
Les Flores sont infiniment plus avancées que les Faunes 5 la géographie
botanique laisse la géographie zoologique fort loin derrière
elle. Le nombre comparativement petit des espèces végétales, la simphcité
de leur structure, en donnent en partie l'explication-, maïs il
nous est permis d'ajouter avec un juste orgueil, que les botanistes se
sont montrés habiles, profonds et exacts dans l'art des classifi.catiohs
et des descriptions. C'est là une supériorité qu'on ne peut leur contester,
et qui a produit d'excellents effets dans toutes les divisions
de la science qu'ils cultivent. La géographie botanique, par exemple,
repose sur une nomenclature précise, sur une classification du règne
perfectionnée et sur des collections qui concordent avec nos Flores,
nos monographies et nos ouvrages généraux, et qui justifient, au
besoin, chaque assertion. Il y a du plaisir à travailler sur des bases
aussi solides et à développer les conséquences de travaux antérieurs
si bien établis.
La marche que j'ai dû suivre a été complètement analytique. Sans
doute le plan de l'ouvrage a été conçu d'une manière synthétique,
mais il a été tracé dans le sens de commencer par les phénomènes
les moins compliqués, qui dépendent de causes de notre époque,
susceptibles d'un examen direct, et de passer successivement aux
phénomènes qui dépendent de plus en plus de causes obscures, nombreuses
et anciennes. Après quelques considérations préhminaires de
physiologie et de physique, j'examine la délimitation des espèces sur
un même continent et la répartition des individus dans l'intérieur de
rhabitation. Ces questions sont souvent difficiles dans les détails,
mais elles ont le mérite de dépendre de causes contemporaines, toutes
denature à être étudiées et mesurées. Je passe ensuite aux phénomènes
qui dépendent en partie de causes antérieures, géologiques
ou seulement historiques, savoir, l'étendue de l'habitation des espèces,
les changements qui s'opèrent dans leurs habitations, l'origine des
PREFACE. XV
plantes cultivées. Enfin, j'arrive à des phénomènes qui résultent
principalement ou exclusivement des causes antérieures, comme
la séparation d'une même espèce entre pays éloignés, l'origine
même des espèces, la distribution des genres et des familles.
Après avoir étudié ainsi les divers groupes admis comme subdivisions
du règne végétal, ce qui constitue la botanique géographique
et même historique, j'ai dû considérer le résultat des lois observées
quant aux différents pays, c'est-à-dire comparer les diverses régions
de la terre au point de vue de la végétation qui les recouvre. Ceci est
la géographie botaniqtie proprement dite. Cette partie de mon travail
aurait été susceptible de très grands développements. J'ai déjà dit
pourquoi je me suis abstenu de décrire la végétation de toutes les
contrées. Ce sont des détails à laisser aux voyageurs et aux auteurs
de Flores, tandis que mon but était de chercher dans les écrits spéciaux
ou généraux tout ce qui constitue les lois de la distribution
des plantes sur la terre.
Je ferai remarquer, en passant, que l'on a voulu donner à la géographie,
au commencement de notre siècle, un développement exagéré et
incommode. En énumérant chaque pays, chaque province, on s'est mis
à traiter de tout au monde, etl'on pouvait l'essayer, car les faits physiques,
naturels, historiques,politiques, rehgieux, etc., se sont toujours
manifestés dans quelque endroit ou quelque pays. Ce n'est qu'une manière
de ranger beaucoup de faits connus dans un ordre nouveau. On
a raison, lorsque les faits sont liés particulièrement à une localité ;
mais, en se livrant trop à ce genre de rapprochements, on perd de vue
des rapports plus intimes et plus philosophiques de certains faits. On
morcelle des sciences qui ont des lois plus générales, et l'étude des
phénomènes locaux ne permet pas toujours de remonter à ces lois..
Ainsi, l'histoire emprunte beaucoup à la géographie, mais une énumération
très détaillée des faits historiques dans un ouvrage de
géographie ne permet pas de faire comprendre la liaison véritable
et la subordination des événements. De même, pour en revenir à la
botanique, j'ai tiré beaucoup plus d'instruction de l'étude des espèces,
des genres et des familles au point de vue de leur distribution
dans le monde, que de l'étude successive de plusieurs régions au
point de vue des végétaux qui s'y trouvent.
Cette dernière partie de mon travail a été réduite à l'exposé des
méthodes par lesquelles on peut se rendre compte des véritables
caractères de chaque végétation, et à la comparaison de divers pays
sous le point de vue de ces principaux caractères. A cette occasion,