
par suite des affaissements que les masses des montagnes ont
éprouyés, et qui ont été infiniment plus nombreux et considérables
dans les tems voisins de leur formation qu’aux époques
subséquentes. Quant à la masse des filons, Werner la croit
produite par une dissolution qui couvrait les terrains renfermant
les fentes, et qui par conséquent pénétrait dans leur intérieur
; car elles étaient alors ouvertes par leur partie supérieure.
Cette dissolution, dit-il, dont la nature a souvent varié, a successivement
déposé, sur les parois de ces fentes, différents principes,
et elle les a ainsi remplies en tout ou en partie : comme
elle y était beaucoup plus tranquille, ses produits y ont été
plus cristallins et plus purs que ceux qu’elle déposait ou pouvait
déposer à la superficie du sol, sous forme de couches.
Certainement cette théorie explique de la manière la plus satisfaisante
la plupart des phénomènes que présentent les filons,
notamment ceux de Freyberg, dans leur structure, leurs intersections
, etc. ; mais elle ne rend qu’imparfaitement raison de
quelques faits qui se présentent dans la nature. La partie de
cette théorie qui regarde les filons comme formés dans des
fentes préexistantes, me paraît hors de tout doute: depuis long-
tems elle est généralement admise parmi les minéralogistes.
Mais il n’en est pas exactement ainsi de celle qui concerne le
remplissage des fentes opéré uniquement par le haut; et Werner
même admet une classe de filons, les veines ( § 4-01 ) , qui
ne sont plus dans ce cas. Le remplissage par le haut est absolument
incontestable pour les filons qui renferment des galets,
des pétrifications pour les filons de grès , de sable , etc. ; il l’est
pour les filons de basalte dont nous avons parlé (§ 38 2 );
il l’est, à mes yeux, pour un grand nombre des filons métalliques
que j’ai observés : mais l’est-il également pour tous ? Je
n’oserais l’affirmer. Qu’on me permette l’observation suivante.
Observation. Lorsque , dans une contrée de cent lieues d’étendue, composée
uniquement de roches de texture grossière, grès et phyllade
( grauwackenscfiiefer') , par exemple, je vois de nombreux
filons de galène et de quartz bien cristallins ; lorsque ,
dans des montagnes de gneis d’une étendue aussi grande, je
trouve une multitude de filons d'argent et de spath, et que je ne
vois pas le moindre indice de ces substances dans la masse de ces
montagnes , il m’est bien difficile de concevoir que ces filons
soient le produit d’une dissolution qui, couvrant la contrée, pénétrait
dans les fentes , et y déposait les matières dont elle était
chargée. N’aurait - elle donc déposé ses précipités que dans ces
fentes P Ou bien aurait-elle déposé des masses de gneis à la superficie
du sol et des masses de spath et d’argent dans les fentes de
ce même sol ? On conçoit bien qu’un précipité, fait dans un
lieu avec plus de tranquillité, puisse donner un produit plus
cristallin ; mais non qu’il puisse former des corps entièrement
différents , par exemple , du feldspath et du mica dans un beu ,
du plomb sulfure et du spath calcaire dans un autre ; ce serait
admettre la transmutabilité de la matière, celle de principes
regardés comme simples et que tout nous indique etre tels. Je
ne dirai pas que la transmutabilité, ou plutôt la conversion de
plusieurs de ces corps les uns dans les autres , par l'addition ou
la soustraction de quelque principe incoercible , soit impossible
à la nature ; car tous ses moyens sont loin de nous etre
connus; la pile galvanique vient de nous en découvrir dont l’existence
n’était pas même soupçonnée ; et la formation des aéro-
lites met sous nos yeux des faits qui semblent tenir à un ordre
de choses dont nous n’avons pas meme une idée. Mais, comme
en bonne logique nous ne devons baser nos raisonnements que
sur des faits positifs, et qu’aucun ne peut nous porter à croire
que jamais les éléments du feldspath, différemment combinés,
puissent produire du plomb sulfure, il serait absolument clu
mérique de baser une théorie sur le principe de cette transmutabilité
, quoique je convienne d’ailleurs que la considération
des filons était bien propre à en faire naître 1 idée.