
provenir la houille , ait été dissoute et élaborée
par des agents convenables, et qu’elle ait été déposée
fluide , ou dans un très-grand état de mollesse
, sur le sol où nous la voyons. Les minces
couches de houille qui n’ont qu’un ou deux travers
de doigt d épaisseur, qui sont planes et d’une
étendue souvent considérable ; la forme d’un
très-grand nombre de couches ordinaires , dont
les saalbandes (faces) sont parfaitement planes
et parfaitement parallèles sur un assez grand espace
, ne permettent pas de voir dans ces couches
, de simples tas d’arbres entassés pële-mèle :
il faut que la houille y ait été déposée liquide ,
sous forme de précipité ou de sédiment, comme
la plupart des roches. S’il n’en était pas ainsi,
comment ces fentes étroites , que Werner et
Lhaipentier ont observées en Lusace , et qui
n’ont pas un pouce de largeur, auraient-elles pu
être remplies de matière houilleuse, et transformées
ainsi en vrais filons de houille ? Comment
ces veinules de houille , qui, dans les terrains
houillers , traversent assez souvent les roches ,
auraient-elles pu y être introduites , si leur substance
n avait ete d abord fluide ? Comment, s’il
n en eût été ainsi, les nombreux schistes bitumineux
qu’on trouve dans les couches de houille
seraient-ils imprégnés d’une si grande quantité
de matière houilleuse? Comment les couches terreuses
qui leur servent de toit ou de mur, seraientelles
imbibées de cette même matière? Enfin
comment les couches de houille auraient-elles
l ’homogénéiLé , la texture et la division cubique
qu’elles nous présentent ?
Quels sont donc les végétaux qui les ont produites?
Si l’on doit juger par les vestiges qu’on en
trouve dans les terrains houillers , et il me paraît
qu’on doit juger ainsi, on devra conclure que ce
sont des fougères , des roseaux et autres plantes
aquatiques pareilles à celles dont nous voyons les
empreintes dans les argiles schisteuses. M. Voigt
fait à ce sujet une observation digne de remarque:
il pense que ce sont des roseaux qui ont principalement
concouru à cette production : ils lui paraissent
plus propres à fournir la matière houilleuse;
car, observe-t-il, on trouve converties en
houille les diverses empreintes qu’ils ont laissées
dans les argiles schisteuses et les grès ; et il n’en est
pas de même des empreintes des autres plantes,
qui présentent à peine une couleur plus foncee
que celle de la pierre qui les entoure.
Il paraît encore , en voyant les impressions de
feuilles et de fougères si délicates parfaitement
conservées et nullement froissées , en voyant des
roseaux encore tout droits et dans leur position
primitive , que toutes ces plantes n’ont pas été
long-tems charriées et battues par les eaux, et
qu’elles sont dans le lieu de leur naissance, ou
tout proche de ce lieu.