
M. Beudant a fait connaître, tant dans les terrains volcaniques
que dans les terrains primitifs, des amphiboles convertis en
une matière presque stéatiteuse : l’augile est quelquefois dans
le même cas. Le basalte qui contient ces corps décomposés a
éprouvé une altération générale dans sa massé; il n’a plus ce
cassant, cette rigidité qu’il possédait originairement : son tissu
s’est relâché, ramolli,et a pris un aspect presque terreux; c’est
vraisemblablement encore un effet de la continuelle pénétration
des eaux, et, en quelque sorte, de la longue macération de la
masse.
Outre les produits de la cristallisation et de l’infiltration, les
laves contiennent quelquefois des corps qu’elles ont enveloppés
lorsqu’ elles cnulaient. C’est ainsi que dans celle de Yolvic, on
trouve un grand nombre de masses de quartz fendillé et comme
fritté; que dans celle du Vésuve de 17g4 , on a vu des pierres
calcaires faisant encore effervescence avec les acides, mais
tombant en poussière lorsqu’elles étaient exposées à l’air :
nous avons déjà parlé des silex pyromaqueset des métaux enveloppés
par la même lave, et des effets qu’ils y avaient éprouvés
(§67).
§ 37 4- Les basaltes sont sortis du sein de la
terre sous forme de courants ou de nappes de
matières en fusion, qui ont coulé et se sont
étendues sur un sol déjà existant. Ces coulées,
ayant quelquefois plusieurs lieues de long et plus,
d’une lieue de large, ont dû prendre souvent la
forme de couches.
La matière basaltique, en se refroidissant, a
éprouvé une condensation ou retrait ; elle s’est
fendue et gercée ; et ces fentes , faites perpendiculairement
à la surface, ainsi que cela devait
être , l’ont divisée en masses prismatiques plus ou
moins régulièresTÎ^ous avons déjà fait connaître
cette division d’une manière assez circonstanciée
(§ 1 16 ) , pour ne pas revenir sur cet objet. Au
reste, toutes les coulées basaltiques ne la présentent
point ; on pourrait même dire qu en general
elle ne se voit d’une manière bien reguliere que
dans les anciennes laves et vers les extrémités des
courants. Les laves modernes de l’Etna et du Vésuve
ne la montrent point d’une manière bien
prononcée. La plupart des courants de l’Auvergne
n’offrent qu’un tout continu ou très-irrégulièrement
fendillé ; et ce n’est que vers 1 extrémité de
quelques-uns que j’ai aperçu des indices bien distincts
de la division prismatique. 11 n’en est pas de
même des courants basaltiques également modernes,
bien qu’antérieurs aux tems historiques,
du Vivarais; quoique les prismes y soient petits, et
n’aient pas, en général, un pied d épaisseur, ils
n’enfo rment pas moins de très-jolies colonnades.
Le plus célèbre assemblage de prismes colonnaires est celui
que présente la côte septentrionale de l’ Irlande, et qui est
connu sous le nom de chaussée des Géants. Il fait partie d un
terrain basaltique composé de diverses assises. Auprès du village
de Bushmill, une d’elles, ayant une quinzaine de mètres
d’épaisseur, non couverte, mais flanquée d’assises supérieures ,
s’avance dans la mer comme une jetée naturelle. Sa superficie,
formée de la tête des prismes qui la composent, et qui est le
sol sur lequel on marche, présente l’aspect d’un carrelage en
pierres polygonales : c’est là le pavé ou cliaussee des Géants