
ment une grande quantité de bois , de troncs et
de branches d’arbres entassés et étendus sur un
lit de glaise ; les habitants du pays leur donnent
le nom de tourbe bocageuse.
Les tourbières de la vallée d'Essonhe, à dix
lieues au sud de Paris, sont de même nature : leur
ensemble présente une étendue de cinq mille
hectares , et leur épaisseur moyenne est de deux
à trois mètres.
L’Allemagne septentrionale , notamment dans
le duché de Brême, en renferme quelques-unes
d’une étendue considérable ; la principale , le
Devils Moor ( tourbière du diable), a vingt lieues
de long , quatre ou cinq de large , et jusqu'à
trente pieds d’épaisseur dans le milieu. Elle repose
sur un vaste terrain de sable qui l’entoure
de tous côtés par ses petites collines ; sa surface
ne participe point aux inégalités du fond. Elle
croit continuellement ; dans les années pluvieuses,
l’accroissement est considérable , principalement
à cause des plantes marécageuses qui y
viennent en quantité ; dans les années sèches, ce
sont les bruyères qui dominent. Pendant que la
tourbière s’accroît ainsi dans le haut, elle perd
dans le bas ; il en découle une bouillie noire et
épaisse. L’homme a fait quelques établissements
sur ce singulier terrain ; il l’a traversé par des
canaux, il y a construit quelques habitations , et
en brûlant sa croûte desséchée, il y a produit
un terreau qui lui donne quelques seigles et
quelques légumes (i).
Plusieurs lacs et canaux de la Hollande fournissent
une grande quantité de tourbe limoneuse,
que l’on y pêche à l’aide de filets : on en retire
une semblable, et de la même manière , de quelques
mares et étangs qui existent au milieu des
tourbières du département du Pas-de-Calais.
L’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande , 1 Islande, et
en général tous les pays du Nord, renferment
une grande quantité de tourbe : elle est beaucoup
plus rare dans les contrées méridionales. On dirait
qu’un climat chaud et sec n’est pas propre à
la formation de cette substance : peut-être une
grande chaleur, hâtant trop promptement la décomposition
des végétaux, la dissipation de leurs
parties fluides, et la réduction de leur carbone
en acide carbonique, opère leur entière destruction
avant qu’ils puissent passer à l’état de tourbe.
C’est peut-être le climat froid et humide des
sommités des montagnes, qui est également cause
de la nature tourbeuse du sol qu’on remarque si
souvent sur leurs bases et plateaux. M. Jameson
rapporte qué les cimes des montagnes d’Ecosse ,
qui s’élèvent à plus de 6oo mètres, sont couvertes
de tourbe d’excellente qualité.
Au nombre des particularités que présentent
(i) Voyez’, dans les Lettres de Deluc à la reine d ’Angleterre,
la description très-circonstanciée de cette intéressante tourbière.