
il n’en est plus «3e même des anciens terrains meubles ; ils noas-
offrent, pour ainsi dire, les vestiges d’un ancien monde ou
d’un ancien ordre de choses bien diffèrent, sous beaucoup de rapports,
de celui qui existe aujourd’hui : ce sont souvent des ossements
d’animauxmaintenant inconnus, qui ne vivent plus, et qui
paraissent ne pouvoir plus vivre aujourd’hui dans les régions
où sont leurs vestiges. Ces ossements appartiennent à des
éléphants , des rhinocéros, des hippopotames , des tapirs , des
mastodontes, des mégathérium ; ils sont mêlés avec ceux de chevaux,
de boeufs, d’antilopes, de cerfs, d’élans, de lièvres, et de
quelques petits carnassiers. Disons quelques mots sur les plus
remarquables.
Eléphant. Ceux qui ont excité le plus l’attention, tant par leur nombre
que par leur volume et leur prix, appartiennent à une espèce
d’éléphant, dont les dépouilles abondent dans les terrains de
transport d’un grand nombre de contrées, notamment de la
Sibérie. L ’ivoire que l’ on retire des défenses fossiles de cet
animal, et que l’on emploie aux mêmes usages que l’ivoire frais,
a fait de ces défenses un objet de commerce important, et a
engagé à les rechercher : le froid des régions septentrionales
paraît avoir beaucoup contribué à leur conservation, et elles y
sont ainsi en plus grande quantité et d’un prix supérieur.
Cette quantité est si considérable en Sibérie , que les habitants
ne voyant pas d’être analogue dans leur pays, les regardent
comme les cornes d’un énorme animal qu’ils disent vivre sous
terre , et auquel ils donnent le nom de mammouth. Les zoologistes
qui les ont examinées , et qui ont également observé les
autres ossements de cet animal, l’ont pris pour un éléphant
semblable à celui qui vit aujourd’hui dans les Indes ; mais
M. Cuvier, après un scrupuleux examen anatomique, est tenté
de le regarder comme d’une espèce différente ; au moins est-il
bien certain, dit-il, que c’était une espèce plus différente de
celle des Indes que l’âne ne l’est du cheyal. Quant à sa taille,
ijog
elle ne devait guère excéder celle des grands éléphants vivants ,
qui ont quinze et seize pieds de haut ; mais ses formes paraissent
encore plus trapues : les naturalistes le désignent, d’après
M. Blumenbach, sous le nom d'elephas primogenius.
Nous avons dit qu’à Tonna (§ 35o ) , en Allemagne , on
avait trouvé des squelettes entiers de cet éléphant, et qu’en
Sibérie, on en déterrait des ossements portant encore des
lambeaux de chair ; mais ce n’étaient que des vestiges, et il y a
quelques années qu’on vient d’en trouver un tout entier au milieu
des glaces où il était certainement depuis des milliers d’années
: le fait est trop intéressant pour ne pas le rapporter dans
ses détails. En 1799, un pêcheur tonguse remarqua au milieu
des glaçons , près l’embouchure de la Léna , un bloc informe ;
il 11e put reconnaître ce que c’était : l’année d après , il vit la
masse plus dégagée des glaçons ; et vers la fin de 1 été, le flanc
tout entier de l’animal, et mie de ses defenses étaient libres ;
mais ce ne fut qu’à la cinquième année, que les glaces ayant
fondu plus vite , cette énorme masse vint s’échouer à la côte.
Au mois de mars 1804., le pêcheur enleva les défenses, qu’il
vendit 5oo roubles ( 2000 fr. ) ; elles avaient quinze pieds de
long. Deux ans après, M. Adams , membre de l’académie de
Pétersbourg, observa cet animal au même lieu, mais il était
fort mutilé ; les Iakutes en avaient depecé les chairs pour
nourrir leurs chiens, les bêtes féroces en avaient aussi mangé :
cependant le squelette se trouvait encore entier : la tête était
couverte d’une peau sèche, une des oreilles était bien conservée ,
et on distinguait la prunelle de l’oeil. C’était un jeune male, avec
une longue crinière ; ce qui restait de sa peau était si lourd ,
que dix personnes avaient de la peine à la transporter; sa taille
dépassait celle des éléphants vivants. On possède au muséum
d’histoire naturelle de Paris, une touffe de ses crins ; la racine
en est garnie d’une laine grossière, ce qui porte M. Cuvier à
penser que cet éléphant, différant encore en cela de celui des
Indes, pouvait Yiyre dans des climats froids.