
Aspect des
montagnes
granitiques.
pente peu convenable aux plantes, et au développement
de leurs racines , etc. I Ce sont des
questions que l’on a agitées, mais sur lesquelles
on n’a donné encore aucune solution satisfaisante
(i). Au reste , la stérilité n’est ici que relative
à certaines plantes , car, d’ailleurs , les terrains
granitiques sont, en général, plus boisés ,
et couverts de plus de plantes que les terrains calcaires.
§ 160. La manière dont le granité se décompose
est la cause principale de l’aspect que présentent
les montagnes granitiques. S’il se décompose très-
aisément, par-tout d’une manière à-peu-près égale,
et que le sol soit en outre peu élevé, on aura des
montagnes et des collines d’une forme assez graduellement
arrondie , et un terrain fortement
mamelonné; tel est celui qu’on voit dans le Limousin.
Mais s i , entre des masses granitiques d’une facile
décomposition , il se trouve des granités ou
autres roches plus dures, et c’est presque toujours
le cas , les montagnes présenteront en saillie, de
grands rochers , des pics , des aiguilles , des arêtes
tranchantes , des crêtes fortement découpées,
et elles auront l’aspect hérissé et haché qui paraît
particulier aux terrains granitiques , et qui
(i) Voyez, entre autres ouvrages, les Observations on the geo-
logieofthe United-States, M. Maclure, 1817.
de loin les signale au naturaliste exercé. « La lon-
» gue habitude d’observer les montagnes, dit
» Saussure , m’a donné un coup-d oeil a-peu-pres
» sûr : je reconnais, à de grandes distances , la
5> matière dont une montagne est composée, sur-
» tout lorsqu’elle est d’un granité dur comme
» celui des hautes Alpes. Les montagnes formées
» de ce genre de pierre , ont leurs sommités ter-
» minées par des crénelures très-aiguës à angles
» vifs. ( Sauss. , § 567. ) » Nous rappellerons encore
que la situation verticale des couches contribue
beaucoup à donner un pareil aspect aux
montagnes qui la présentent.
En parcourant les hautes Ce'vennes , et en y
passant alternativement du calcaire sur le granité,
j ’étais frappé de ladifférence d’asp ect qu offraient
ces deux sortes de montagnes. Les premières présentaient
des cimes plates de grande e tendue,
des vallées éloignées, et, en général, peu profondes.
Dans les autres, c’était, presqu’à chaque pas,
des gorges enfoncées , ou des coupures a pic séparées
par des murs escarpés. Etant sur la cime
du Mont-Mezenc , et portant mes regards sur
le terrain granitique des Bouttières , je voyais ,
les uns derrière les autres, plusieurs de ces immenses
pans de murailles ; semblables à d énormes
boulevarts, ils comprenaient entre eux d horribles
précipices plutôt que des vallees ; leurs
crêtes, hérissées de pics décharnés et de rochers.