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actuelle du globe, il n’en est pas de même de celte
forêt souterraine, elle n’appartient plus à la
classe des anciens débris. Cet habile naturaliste
voyant ici des arbres encore debout sur leurs racines
, et aujourd’hui au-dessous du niveau de la
mer , en conclut que le terrain sur lequel on les
trouve s’est affaissé , et que ces affaissements ne
sauraient avoir rien de bien extraordinaire dans
un atterrissement formé de bancs de glaise. Si
les arbres des îlots ne sont plus recouverts de
terre comme à Sutton, c’est qu’un grand mouvement
de la mer aura emporte l’assise terreuse
(i).
En 18 11 , sur la côte de Morlaix, la mer mit
un instant à découvert une pareille forêt : le sol
sur lequel elle gissait paraissait avoir été une prairie,
on y voyait en place des joncs et des roseaux :
les arbres étaient renversés dans toutes sortes de
directions, et pour la plupart réduits à l’état
d’un lignite friable : cependant, quelques pa'lies
étaient bien conservées et me ttaient à même de
reconnaître les espèces, notamment des ifs, des
chênes , et sur-tout des bouleaux qui y étaient en
abondance, et qui avaient encore leur écorce argentée.
Des chênes que l’on en retirait prenaient
promptement une couleur d’un noir fonce, et
acquéraient de la dureté ; ils brûlaient avec une
odeur fétide. Cette forêt qui s’enfonce sous le
terrain de transport, a été reconnue sur une longueur
de sept lieues (1).
Dans l’île de Mann, entre l’Irlande et l’Angleterre
, au rapport de Ray , on trouve dans un
marais qui a deux lieues de long et une de large ,
à dix-huit pieds de profondeur, des sapins en
place et droits sur leurs racines.
M. Duhamel nous apprend qu’on trouve en Normandie
, dans la baie Sainte-Anne, un banc noir
entièrement composé d’arbres couches et agglutinés
, et dans un tel état de mollesse qu’on peut
y enfoncer le doigt en plusieurs endroits : ce bois
étant séché prend de la consistance et ressiemble
à du bois qui a été flotté pendant long-tems.
L’intérieur des terres de ce tte province présente
des faits semblables. « Dans presque tout le Co-
» tentin , dit encore M. Duhamel, on trouve , au
« fond des marais, des bois en partie minéralisés :
» on est si sûr d’en rencontrer que, lorsque des
» particuliers ont besoin d’une poutre, il leur
» suffit de sonder dans les marais pour obtenir
« infailliblement ce qu’ils cherchent. »
Nous verrons des faits analogues, en traitant
des tourbières.
Les environs de Paris, dans les terrains d’atterrissement,
nous montrent fréquemment des