
terre qui en résu lte, est vendu aux H ollandais, qui en font,
avec la chaux, un excellent ciment pour les constructions hydrauliques
: ce sable porte le nom de trass dans le pays. C’est
une vraie et très - bonne pozzolane. La pozzolane ordinaire,
celle que l’on tire de Pouzzol et d’autres lieux de l’Italie,
n’est qu’un assemblage de petites scories volcaniques assez pesantes,
peu poreuses, et qui ont acquis un certain degré d’altération;
celles provenant des anciens courants, et qui sont
ainsi notablement dévitrifiées, sont en général les plus estimées.
L ’aççumulation des tufs peut former des couches ou masses
quelquefois bien épaisses. Celle qui recouvre Herculanum
a plus de cent pieds en quelques points ; elle consiste en
une matière terreuse, mêlée de beaucoup de petites ponces.
Ce tu f, soit qu’il ait été originairement liquide et comme détrempé
par les eaux, soit qu’il ait été simplement ramolli par
les filtrations, et qu’il ait cédé en même tems au tassem ent,
a comblé non-seulement les rues , les places et les autres lieux
ouverts, mais encore il a pénétré dans l’intérieur des édifices,
et en a rempli tous les vides. L es fragments qu’on en extrait,
présentent ainsi l’empreinte des bustes et autres objets sur
lesquels ils se sont appliqués. C ette circonstance a porté quelques
auteurs à regarder ce tuf comme le produit d’une éruption
boueuse ; d’autres pensent qu’une irruption de la mer doit avoir
concouru à sa formation.
L es tufs occupent quelquefois des espaces considérables ; le
sol delà délicieuse Campanie , notamment aux environs de C a-
p o u e, en est presque entièrement formé. Il y est en couches
horizontales qui présentent la plus grande variété, tant par leur
couleur que par leur grain. Ils sont ou noirâtres, ou jaunâtres
, ou d’un gris cendré ; quelques-uns présentent une pâte
fine et homogène ; mais la majeure partie contient une grande
quantité de pon ces, de scories, et de fragments de laves, soit
lithoïd es, soit vitreuses, soit cellulaires. Il en est même qui
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ne sont formés que de ponces et de fragments ponceux légèrement
agglutinés. Quelques-uns présentent une division prismatique
assez bien caractérisée, et leur consistance va quelquefois
jusqu’à leur faire rendre un son métallique lorsqu’on les
frappe. M. Breislak, qui fournit les détails que nous venons
de d on ner, regarde les tufs de la Campanie comme ayant été
étendus sous les eaux de la mer.
Les tufs, malgré leur peu de dureté, se retrouvent en quantité
dans les contrées anciennement volcanisées. J ’en ai vu des masses
considérables dans la H esse, et même dans des lieux où les vestiges
lithoïdes des volcans ont disparu, auprès de Beziers, par
exemple.
Quoique la plupart des eaux qui descendent des
volcans ne paraissent venir que des grandes
averses qui ont lieu autour des cratères lors des
éruptions volcaniques, ou des neiges qui fondent
à ces memes époques (1) , ou des fentes qui s’opèrent
dans quelques-unes de cès montagnes
( § 69 ) , cependant elles entraînent avec elles
une si grande quantité de matières terreuses, ci-
néreuses et scorifxées, qu’elles doivent étendre
sur les terrains environnants, des couches de tufs,
( ï ) D’après-ce que rapporte M, F errara, dans ses Campiflegrei
délia S ic ilià , tj 34 , le grand: Nilo cV aejua, que les magistrats du
pays disent être sorti de l ’Etna en 175 5, ne proviendrait que d’une
pareille cause.
Le même auteur rapporte qu’ en 1790, près Sainte~Marïe de
Nîscemi, au milieu d’ un bruissement formidable, une montagne
se fendit, et que, d’ une ouverture de trois pieds de diamètre , il en
sortit un fleuve de boue marneuse, salée, ayant une odeur de soufre
et de bitume, et qui forma une'couche de soixante pieds de long,
trente de large et deux et demi d’ épaisseur.