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n’a pas changé, mais seulement qu’on n’a aucune preuve ri
coureuse du changement. S ’il a eu lieu, les faits indiquent qu’il
doit avoir été subit ; s’il eût été lent, les ossements et les parties
molles dont nous avons vu qu’ils étaient quelquefois entourés
auraient eu le temps de se décomposer. L ’éléphant,
trouvé entier près l’embouchure de la Léna , doit avoir été subitement
enveloppé par la glacé ; il en est de même du rhinocéros
retiré du terrain gelé du Viloui.
Il est bien remarquable que dans tous les grands terrains de
transport, dans ceux où l’on trouve les ossements de ces grands
quadrupèdes, et où l’on a , en même tems, des ossements parfaitement
semblables à ceux de nos chevaux , de nos boeufs, dè
nos chiens, on n’ait point vu des ossements humains, etc. On n’en
trouve pas davantage dans les terrains plus anciens. Tous ceux
qui avaient été donnés pour tels, appartenaient à d’autres êtres ,
nous en avons un exemple au sujet de Vhomo diluvii testis de
Scheuchzer ( §324), ouilsfaisaient partie de cadavres tombés dans
des fentes, dans des mines* et recouverts d’incrustations ( i) , etc.
« Il est certain, dit M. Cuvier, que l’on n’a jamais trouvé des
os humains parmi les fossiles proprement dits. Cependant ces
os se conservent aussi bien que ceux des animaux , quand ils
sont dans les mêmes circonstances.... Tout porte donc à croire
que l’espèce humaine n’existait point à l’époque des révolutions
(i) Les plus célèbres des ossements humains trouvés dans la
terre, sont ceux de la Guadeloupe : ils présentent un cas tout
particulier. Sur une des côtes de cette île, on a un terrain formé
de grains calcaires , de fragments de coraux et de coquilles, agglutinés
par un ciment également calcaire, et dont la formation
est, aux yeux de M. de Blainville , analogue à celle du grès qui
se produit sur le rivage de Messine ( § 53 ) : on y a trouvé des
squelettes humains enveloppés dans cette production pierreuse,
ainsi que quelques instruments pareils à ceux dont se servent encore
les sauvages de l’Amérique. On présume que cette plage servait
d« cimetière aux anciens habitants du pays.
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qui ont enfoui les os fossiles, et dans les pays où se découvrent
ces os (quoiqu’elle pût exister dans d’autres contrées). L ’établissement
de l’homme dans ces pays, c’est-à-dire dans la plus
grande partie de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique, est
nécessairement postérieur non - seulement aux révolutions
qui ont enfoui ces os, mais encore à celles qui ont mis à découvert
les couchés qui les enveloppent; révolutions qui sont
les dernières que notre globe ait subies.... En examinant bien
ce qui s’est passé à la surface de la terre depuis qu’elle a été
mise à sec pour la dernière fois..., l’on voit clairement que cette
dernière révolution, et par conséquent l’ établissement de nos
sociétés actuelles, ne peuvent pas être très-anciens : c’est un des
résultats à-la-fois les mieux prouvés et les moins attendus de
la saine géologie; résultat d’autant plus précieux qu’ il lie d’une
chaîne non interrompue l’histoire naturelle et l’histoire civile. »
Voyez la manière aussi savante que curieuse, dont M. Cuvier
a établi cette liaison, dans le Discours préliminaire qui précède
les Recherches sur les ossements fossiles de quadrupèdes.