
d’où les anciens en avaient tiré de si magnifiques
blocs. La siénite, d’après ce savant, est une roche à
structure granitique, essentiellement composée de
grains de feldspath et d 'amphibole, contenant
quelquefois encore du quartz et même du mica.
Werner ayant remarqué qu’une roche ainsi constituée
se trouvait principalement avec les porphyres
de la Saxe, crut devoir la comprendre dans
leur formation et la séparer du granité. Ainsi,
d’après lui, la siénite en diffère, non-seulement
par sa composition, mais, et principalement,
par son gissement.
Me serait-il permis d’élever quelques doutes
sur la réalité de cette séparation. J ’observerai
d’abord que la roche de Syène en Egypte , le
beau granité oriental, consiste en un assemblage :
i° de cristaux imparfaits et hémitropes d’un
feldspath incarnat ou rouge , ayant plusieurs
lignes de long, et entremêlés de quelques petits
grains de feldspath blanc ; 2° de mica en paillettes
d’un beau noir ; 3° de petits grains ou cristaux
de quartz translucide ; 4° et d’un très-petit nombre
de grains d’amphibole noir. Ainsi sa composition
nous porterait à la considérer plu tôt comme
un granité : mais son gissement lève tout doute à
cet égard ; elle est en tremêlée de granité gris ,
et tient à une grande masse de cette substance,
qui passe au gneis et au schiste-micacé , d’après
les observations de M. Rozière, un des savants
français de l'expédition d’Egypte ; aussi ce minéralogiste
qui a retrouvé cette roche sur le mont
Sinaï , avec les porphyres et avec tous les caractères
que lui donne Werner , propose-t-il de lui
donner le nom de Sinaïte , en continuant de la
distinguer du granité ordinaire.
Mais j’ai vu en Saxe même , entre Dresde et
Meissen , un terrain siénitique donné par Werner
comme exemple d’un pareil terrain ; tantôt
la roche y était principalement composée de
feldspath et d’amphibole; tantôt, et pendant des
lieues entières , ce dernier minéral disparaissait
et l’on avait évidemment un vrai granité : son
gissement, son mélange même avec le porphyre
ne présentait d’ailleurs rien qu’on ne retrouve
dans les terrains granitiques, et je ne vois pas sur
quel motif on se baserait pour conclure qu’ici
l’on est sur un autre terrain. M. de Bonnard , observant
cette même roche , la regardait comme la
suite d’un granité , et elle ne lui paraissait constituer
avec lui qu’une seule et même formation.
M.Raumer en examinant, encoi’e en Saxe, lasiénite
de la vallée de Tharant, donnée en quelque sorte
comme le vrai type des siénites , la voit se changer
insensiblement en granité (i). M.Mac-culloch,
conclut des observations qu’il a faites dans la
vallée de Tilt en Ecosse, l’identité entre le granité
(t) Geognoslische fragmente, 18 11 , p. i j .