
T errains
argileux.
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habituellement dans ces parages, ce sera vers l’est que se fera
le mouvement général des dunes ; et effectivement, elles s’avancent
continuellement dans les terres , en couvrant de leurs
sables les forêts et les villages ; elles ont abîmé en partie la
petite ville de Mimizan. On a observé que, par un vent d’ouest
assez régulièrement soutenu pendant six jours, une d’elles
s’était avancée de trois pieds. M. l’ingénieur Brémontier , qui
s’est très-particulièrement occupé de ces dunes et de leur
lîxation, estime leur avancement général à vingt mètres par an,
terme moyen, et il observe que, dans une vingtaine de siècles,
la ville de Bordeaux pourrait bien être ensevelie sous leur masse.
§ 337. Certaines substances minérales, telles
que les feldspaths , les micas, les schistes , se réduisent,
par la décomposition, en molécules terreuses
faisant pâte avec l’eau. Ces molécules ,
prises par les courants, par suite de leur légèreté
et de leur ténuité, sont emportées à des distances
quelquefois très-grandes : lorsque la vitesse diminue,
soit que le courant, débordant sur les terres
voisines, y prenne une très-grande extension en
largeur , soit qu’il rencontre des anses, dans lesquelles
l’eau devient stagnante, ces molécules terreuses
se déposent et forment des couches de limon
ou d’argile. Si les fleuves aboutissent dans
quelque lac , ils y laissent souvent un dépôt de
limon ; et nous sommes témoins de pareilles formations.
11 doit nécessairement s’en effectuer de
pareilles dans les mers : les observations des navigateurs
nous apprennent que leur fond est quelquefois
une immense couche d’argile.
Les terrains formés de pareils dépôts sont souvent
considérables. M. Olivier nous dit que le désert
ou plateau élevé, qui constitue le sol de la majeure
partie de la Perse, est de nature argileuse.
Il en est de même du sol des steppes, ou grandes
landes de la Sibérie; elles sont, d après P allas,
principalement formées d’une terre ou limon
endurci, disposé par couches horizontales et entremêlé
de quelques lits de sable.
§ 338. Ces grands terrains de transport dont
nous parlons, diffèrent essentiellement des atterrissements
ou alluvions qui, se déposant sur les
bords des continents, semblent en étendre le domaine.
Les bouches de l’Elbe nous montreront
leur nature et leur marche.
Lorsque le fleuve arrive près de son embouchure, et que ses
eaux, descendant vers la mer, rencontrent la marée montante,
il s’ établit un calme ; les molécules terreuses dont le fleuve est
chargé se déposent sous forme d’un limon argileux, lequel est
porté parles marées et les vagues sur le rivage : à l’aide de pareils
dépôts successifs , le rivage s’élève, et il en résulte un terrain
d’alluvion d’une étendue considérable. Au reste, dans les très-
hautes marées , lorsque la mer est courroucée, il serait possible
qu’ elle revînt sur ce terrain, et qu’elle l’enlevât ; mais 1 industrie
humaine a prévenu ce cas : elle a entouré la nouvelle
Atterrissements.
alluvion de digues qui préservent des coups de mer cette terre
ainsi conquise sur l’Océan ; elle est d’une fertilité extraordinaire,
et constitue ce que les Hollandais nomment polder. Entre
Stade et Hambourg, sur la rive gauche de l’Elbe, on en a un
qui a plus de six lieues de long , sur deux de large : ce fut dans
le douzième siècle ( 110 6 ) qu’il commença à être cultivé : da-