
La nature des laves influe encore beaucoup sur
leur plus ou moins de facilité à la décomposition.
Toutes choses égales d’ailleurs, celles où le feldspath
domine se détruisent plus aisément; les
trachytes en sont un exemple.
Dans les basaltes même, on trouve des différences
extrêmes. A l’Etna, la lave basaltique de
h 57 est recouverte de douze pouces de terre végétale
provenant de sa décomposition ; celle de
i 32g l’est de huit pouces. D’un autre côté, plusieurs
de celles de l’Auvergne présentent une surface
intacte ; elle est toute boursouflée et hérissée
d’aspérités dont les arêtes elles angles sont encore
vifs et bien conservés : on dirait que ces courants
viennent d’être vomis des entrailles de la terre ,
et qu’ils ont eu à peine le tems de se refroidir.
Cependan t il es t vraisemblable que , depuis plus de
trois mille ans, ils sont, sur le sol de l’Auvergne,
exposés à l’action des éléments : il yen a deux mille
que César campait dessus, et la tradition ne lui
avait rien appris de leur origine. Dans la même
couche, on trouve de grandes différences dans le
même bloc ; j’en ai vu quelques-uns dont une
extrémité repoussait avec force le marteau qui la
frappait, tandis que l’autre extrémité en recevait
facilement l’empreinte. Nous avons déjà (§ 8 7 )
donné ces différences dans l’aptitude à la décomposition
, comme une des causes de morcellement
des assises basaltiques.
Par suite de ce morcellement et de la dureté
des portions qui ont résisté à la décomposition,
nous aurons souvent des masses de basalte terminant,
sous forme de plateau ou de cime, des montagnes
d’une nature différente ; et ces montagnes
prendront naturellement la forme d’un cône plus
ou moins fortement tronqué.
La terre qui résulte de la décomposition des
basaltes, paraît en général très-propre à la végétation.
La fertilité des terres de l’Etna, dit Dolo-
mieu, est un sujet d’admiration pour tous ceux qui
visitent cette montagne.
§ 387. Indépendamment de la décomposition
à laquelle les laves sont sujettes comme toutes
les autres roches, elles sont encore soumises à une
cause d’altération et de décomposition particulière
due aux vapeurs qui s’exhalent des volcans :
au reste, ce genre d’altération est très-circonscrit;
il n’affecte guère que les laves voisines des cratères
ou de quelques soupiraux volcaniques.
Ces vapeurs, presque toujours chargées d’acide
sulfureux, et quelquefois d’acide muriatique, attaquent
et pénètrent les laves qui se trouvent sur
leur passage; elles en relâchent et détruisent le
tissu, les ramollissent, dissolvent et entraînent
quelques-uns de leurs principes, notamment le
fer, et, après les avoir teintes de diverses nuances,
elles finissent par les décolorer, et par les réduire
en une terre douce comme de l’argile (Spal-
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Altération
due aux. vapeurs.