
4.96 terrains de transport.
les tourbières , on doit mettre les îles flottantes,
fait mentionné et fort exagéré dans un grand
nombre d’ouvrages; l’exposé suivant le réduit
très-vraisemblablement à sa juste valeur. Dans
quelques grandes tourbières , telles que celles du
pays de Brême , il arrive quelquefois, sur-tout
dans les années pluvieuses , que des portions
de tourbe sont entourées d’eau, soit naturellement,
soit par l’effet des fossés ou canaux creusés
par les hommes ; la partie supérieure de ces portions
, n’est, ainsi qu’on le sait , qu’un tissu de
joncs, de racines, etc., spécifiquement plus léger
que l’eau , et qui , par conséquent, tend à se soulever
: cette partie, cédant quelquefois a cette
tendance, se détache de la masse qui la supporte,
et se met à flot. On en a vu couvertes d’arbres,
et portant même des maisons , flotter ainsi au
milieu des tourbières inondées. On en a cité une
dans le lac de Gerdau, en Prusse , qui servait de
pâturage à un troupeau de cent bêtes (i).
Substances g 347 • En général, les tourbières ne contiennent
point de corps etrangers : cependant les vents et
d’autres causes mêlent souvent du sable et de
la terre à la tourbe durant sa formation : rarement
d’ailleurs y trouve-t-on quelques minces
couches d’argile ou autres substances. Quant aux
minéraux proprement dits , des pyrites et quel-
(i) Malte-Brun, d’après Kant, Précis de la géographie unïver-
seüe, tom. I I , p. 3x2.
ques cristaux isolés de chaux sulfatée , sont les
seuls qu’on y ait rencontrés.
Mais presque toutes contiennent des arbres ,
troncs, etc., plus ou moins bien conservés : tantôt
ce sont des arbres isolés , tantôt ce sont comme
des forêts entières abattues soit par les vents,
soit par toute autre cause. Nous avons déjà vu que
la partie inférieure des tourbières de la Somme,
présentait presque par-tout une grande quantité
d’arbres couchés, comme si une grande forêt eût
crû. sur ce lieu, et fy eût été renversée. On cite
des faits semblables dans plusieurs autres tourbières.
J ’en rapporterai un avec quelque détail, afin de donner une
idée précise de ce phénomène. Près de Kincardine, en Ecosse,
à vingt lieues à l’ouest d’Edimbourg, on a des tourbières qui
ont neuf mille acres (36oo hectares) d’étendue, et quatorze pieds
de profondeur sur quelques points : elles reposent sur un
terrain argileux ; dans certains endroits, on a débarrassé ce
sol de la tourbe qu’il portait, et on a vu « sur la surface de la
» glaise , au fond de la tourbière , un nombre infini d’arbres
» renversés auprès de leurs racines , lesquelles sont encore
» dans la glaise, et situées comme elles l’étaient pendant la
» végétation. Les arbres sont des chênes, des bouleaux , des
» hêtres, des sapins ; quelques chênes ont cinquante pieds de
» long sur trois de diamètre.... Ils sont noirs et sains. On
» observe dans la partie inférieure de quelques troncs, des
» traces de la hache ( i) . »
(i) L ’auteur qui rapporte ce fait, et qui l’a observé , conclut que
la forêt a été abattue par les Romains, pour priver les habitant.il
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