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portent d’un lieu dans un autre , e t en recouvrent
de vastes contrées. La Basse-Allemagne 1 depuis
la Hollande jusqu’en Pologne, présente aussi une
vaste plaine de sable , principalement couverte
de bruyères.
Deluc observant, dans ces contrées , que l’épaisseur de la
terre végétale ne dépasse guere un pied, et que son accroissement
peut etre estimé à une ou deux lignes en trente ans , en
conclut le peu d’ancienneté de nos continents ; c est un des
chronomètres qui lui prouvent la vérité de cette assertion. Je
suis certainement loin de vouloir la contester ; mais elle ne
saurait être déduite 'du fait cité : souvent, dans la nature , par
exemple dans la production de la terre végétale, dans la formation
des atterrissements , dans celle des tourbières, il s’établit
, au bout d’un certain tems , une sorte d’équilibre entre les
causes qui tendent à produire; et celles qui tendent à détruire ;
de sorte qu’au-delà de ce terme, quoique les premières continuent
toujours d’agir, il ne se fait plus de nouvelles formations.
Avec la plupart des naturalistes, je regarde les grandes plaines
sablonneuses, telles que le grand désert de Barbarie,les bruyères
de la Westphalie et de la Basse-Saxe , comme formées par des
sables, produits directs de la destruction des roches quart—
zeuses , lesquels ont été apportés par les fleuves dans les mers
qui couvraient autrefois ces plaines. Nous avons vu que quelques
minéralogistes regardaient ces sables si étendus comme
le produit de la destruction des terrains de grès qui occupaient
autrefois ce même sol ( § 276) ; et enfin que Deluc ne voyait
en eux qu’un précipité chimique, le dernier qui s’était fait dans
les mers avant leur retraite de dessus les continents : ce mode
de formation serait, d’après ce savant, celui du sable en général
; comme il nous a paru être celui de quelques couches sableuses,
intercalées dans le terrain de Paris, et comme il a paru
être à M. Omalius, celui des sables de la Sologne, du Gâti-
nais, etc.
Lorsque le rivage de l’Océan est sablonneux , D
que le sable est très-délié, que la plage estbasse,
et que le vent, secondant l’action des vagues ,
pousse le sable plus haut que les eaux ne peuvent
atteindre, il se forme, au bord de la mer, comme
une ceinture de coteaux de sable qui s’avancent
de plus en plus dans les terres (lorsque la direction
générale des vents vient de la mer ) , ce sont
les dunes. Elles sont fréquentes sur les côtes de la
Hollande, de la Flandre, etc. J ’ai eu occasion de
les étudier dans les landes de Gascogne, et je dis
quelques mots des phénomènes qu’elles m’y ont
présenté.
Elles y forment, entre l’embouchure de la Gironde et celle
de l’Adour, comme une bande de terrain élevé de vingt mètres,
terme moven au-dessus du sol environnant ; sa largeur varie
de deux à dix mille nôtres : elle est fortement mamelonnée , et
présente l’image d’une multitude de monticules engagés les uns
dans les autres, dont la cime seulement est libre de tous côtés,
et s’élève quelquefois jusqu’à cinquante mètres de hauteur. Ces
dunes consistent en un sable blanc, délié et quartzeux, presque
entièrement dépourvu de toute végétation : le vent le pousse
et le refoule ; il fait monter ses grains sur le flanc des coteaux ,
comme sur un plan incliné, tantôt en roulant, tantôt par petits
bonds; arrivés sur le haut du plan, c’est-à-dire sur la cime de
la dune, toujours poussés par la même force, ils se précipitent
sur la face opposée , e t , tombant par l’action de la pesanteur,
ils y prennent'leur talus naturel. Les vents d’ouest régnant