
Il arrive très-souvent que lorsqu’un filon en
traverse un autre, il le dérange et le jette hors
de sa direction; c’est-à-dire que les deux parties
du filon coupé , au lieu de rester en ligne droite,
sont portées sur deux lignes parallèles plus ou
moins éloignées les unes des autres : ce fait est
vraisemblablement produit par 1 affaissement ou
l’écartement d’une des deux parties du terrain
séparées par la nouvelle lente. Les observations
sur le rejet des filons, sont du plus grand intérêt
pour le mineur; elles lui indiquent la marche qu il
doit suivre pour retrouver un filon qui s est
perdu, à la rencontre d’un autre filon ou même
d’une simple fissure. Si le filon coupé a été simplement
jeté hors de sa direction, on voit, d apres
ce qui vient d’être dit, qu’il faudra suivre le filon
traversant, et qu’à une distance plus ou moins
considérable, on retrouvera le filon perdu : l’expérience
a appris qu’il fallait se diriger du côte de
l’angle obtus formé à l’intersection des deux
filons ; mais ces observations sont locales. C’est
en voyant comment un même filon ou des filons
de même nature , dans la même contrée, ont été
dérangés par les diverses espèces de veines ou
fissures qui les traversent, que l’on peut^ par
induction, conclure la conduite qu’il faut tenir
lorsqu’on viendra à reperdre ce meme filon ou
des filons de même nature.
D’autres fois on voit, dans le même encaissement
et à cote 1 un de 1 autre , deux filons de
nature entièrement différente : j’ai été a meme
d’observer auprès d’Annaberg , des filons de
wacke à côté de filons de quartz et argent ; à
Zinnwald, des filons de vacke a cote de filons
d’étain, et sans que leur matière se mélangeât en
aucune manière : vraisemblablement un des deux
était déjà consolidé lorsque l’autre s’est formé.
Un filon , en en joignant un autre , se propage
quelquefois dans sa masse ; il en suit la direction
jusqu’à une certaine distance, pour reprendre
ensuite celle qu’il avait d’abord.
Les intersections des filons sont souvent les
points les plus riches en minerai : c’est ainsi
qu’aux mines de Baygorri ( dix lieues au sud de
Bayonne), l’intersection de trois filons a ete un
point d’une grande richesse. Ce fait, dont il est
difficile d’entrevoir la cause , parait cependant
n’être pas un simple effet du hasard; il en
sera de même du suivant : toutes les veines qui
rencontrent un filon sous une certaine direction,
l’enrichissent, et il est appauvri par celles qui
le joignent sous une autre direction. De pareils
faits, souvent observés par les mineurs, leur
servent de règle : mais encore ici ils sont dépendants
des localités, et il serait imprudent de conclure
de ce qui a lieu dans une contrée, ce qui
doit se passer dans une autre.