
» tr’elles fi elles veulent le couvrir ; frau'contraire
»> le front du camp eib'plus petit, les troupes -n’au-
» ront pas l’efpace néeeffaire pour fe former en-avant
» avec les diltances prefcrites par le général. D ’oîi
»/On, voit que pour éviter ces deux inconvéniens,
» il faut que le front du camp fe trouve fenfiblement
»-égal à celui de l’armée rangée en bataillé, &£pour
» cela qu’ele camp particulier de chaque troupe ioint
» à l’intervalle qui le fépare du camp voifin;, ait un
»,front égal à celui de la même troupe & de fon in-
»•tervalle en bataille. C’eft aufli ce que prefcrit M. le
» maréchal de Puy fegur, qui dit dans fon livre de P art
» de La guerre : que la première réglé ■ à• obferver pour
» affeoir un camp, ejl de lui donner au moins la même
» étendue que les troupes -.occupent en bataille ;. parce
» qu'il faut qu'elles puijjent être mifes promptement &
» en tout tems en ordre pour combattre. 1
» Remarque fur Les intervalles qu on doit, laijfer entre
» les camps de différentes troupes de l'armée. Il n’y a rien
» de déterminé, ni clansTufage, ni dans.les.auteurs.
»> militaires, fur la largeur des efpacestfui doivent
» féparer lès corps particuliers de l’armé.e.:
» M . de Bombelles dit dans fon livre fur le fervice
» journalier de l'infanterie, que cette détermination
» rie feqjeut faire; avec précifion, parce que 1-éten-
» due du front du campée chaque bataillon., dépend
»de l’elpace dans lequel le général veut faire cam-
» per fon armée. Il fuppofe cependant.qu’en terrein
»ordinaire on peut donner cent vingt,pas au front
» d’un bataillon, y compris celui de ion intervalle ;
» comme il fuppofe aiifli que l e camp de>ee bataillon
» doit occuper quatre-vingts-dix pas : d’où il s’enfuit
» que félon cet officier général, trente pas font un ef-
» pace fuffifant pour l’intervalle: des bataillons dans
» Je cari#, ::j
» D ’autres auteurs ne donnent point d’intervalles
» entre tous les camps, des bataillons de l’armée.; ils
» préfçrivent feulement de féparer les camps des xé-
» gimens.par un efpace de trente pas : mais ils n’ap-
» puÿent-ce principe d’aucune raifon, enfdrte qu’il
»paroît que: leur intention à cet égard eft uriique-
» ment d'e divifer le camp par régimens. Quoique
» cette divifion foit celle qui paroiffe la plus cônfor-
».me à l’ufàge préfent, on ne peut néanmoins la re-
» garder ni comme générale, :iri comme ayant tou-
» jours étéôbfervée. M. Rozandlieutenant colonel,
» & ingénieur dans les troupes de Bavière -, qui a
» donné en 1733: un très-bon traité de Fortification,
» prétend dans cét'ouvrage, qu’il a toujours vû don-
».ner dans les camps, quarante oit cinquante pas. de
» cheval par efeadron, & pareille diftanee pour l’ef-
» pace-ou l’ioteryalledes.çfl/w/»j .particuliers de éha-
» curie de . fes troupes ; qu’il-a vû donner, de.-même
» cent pas de cheval pour, le front du camp de cha-
» queibâtail.lon, & autant pour fon intervalle. Gètte
» pratiqué qui eft conforme aux principes ei-devant
» établis , peut être regardée comme une réglé inva-
» riable,fi.ie gériéral.veut.combattre avec des inter-
» yalles.égaux aux fronts des- différentes troupesde<
» fon armée : mais quelque/oit le parti qu’il prenne.
» àrcët-égard, j;Ie camp particulier de chaque troupe,
» joint à fon intervalle, doit toujours répondre fen-
» fibletneutàu fro n t& .à l’mt.ervalle des troupes en
»bataille, au moinsfîon veut obferver quelque re-
».gle dans la détermination du front du camp.
' ^ ll füit des principes qui Ont été expofés fur l’é-
» tendue, ou le front $&-.ca?np, qu’il doit toujoursry.
>\ayoir<levant tous, les corps des bataillons & des éf.
»-cadrons, un terrejnfibre où l’armée puiffe feimet-
».trej en bat aillé,*, j .
» C’eft pourquoi fi l’on eft obligé de camper dans
» des lien* embarralféSj/a première choie à laquelle
*5[Ori doit veiller $ ç’eft de faire accommoder le ter-
àJ-reiri de maniéré que jies troupes qui l’occupent,
» puiffent communiquer aifément entr’elles, & fe
» mouvoir fans aucun obftacle;
» L’ordre de bataille étant ordinairement dirigé du
» côté de l’ennemi par une ligne droite, le camp eftdé-
» terminé du même côté & par une même ligne, lorf-
» que le terrein le permet. On place fur cette ligne,
» ou plutôt quelque pas en - avant, les drapeaux &
» les étendards des troupes : on lui donne par cette
» raifon le nom de front de bandiere, vieux mot fran-
» çois qui fignifie banniere,Sc en général tout ligne ou
» enfeigne militaire. C ’eft la principale ligne, ou,
» pour s ’exprimer en terme de Fortification, la ligne
» magifrale du camp , à laque le toutes les autres fe
» rapportent.
» Après avoir expliqué-les principes qui peuvent
» fervir à déterminer le front de bandiere du camp y
» il s’agit de dire un mot de fa profondeur.
» Elle eft déterminée par celle des camps des ba-
» taillons & des efeadrons, qu’on peut évaluer à qua-
» tre-vingts toifes. 11 faut obferver que la fécondé li-
» gne doit avoir un terrein devant elle affez grand
» pour fe mettre en bataille, fans que les dernieres
» tentes de la première- ligne anticipent fur le ter-
»rein.
» L’éloignement de la tête du camp ou du front de
» bandiere de la première ligne à celui de Ia feconde,
» eft allez ordinairement de trois ou quatre cents pas,
» c’eft-à-dire de cent cinquante ou deux cents toi»
» fes : on donne même à cet intervalle jufqu'à cinq
» cents pas-oû deux cents cinquante toifes , fi le ter-
» rein eft affez fpacieux pour cela ; mais cette diftan-
». cerne peut être moindre que deux cents pas, autre-
» ment la queue des camps de la première ligne s’é-
» teindroit jufqu’à la tête du camp de la fécondé.
-.» Il eft trè s-u tile en cas d’a tta q u e , que non-ffeule-
»im ent le camp de la p rem ière ligne ait affez de te r-
» re in lib re e n -a v a n t, p o u r q u e c e tte lig n e puiffe s?y
» p o rte r aifém ent s’il en eft b e fo in , ainfi q u ’o n l’a
» déjà-idit, m ais en co re p o u r que la fécondé ligne ,
» partant p a r les in terv alles ducam p d e.la p rem iè re ,’
» puiffe: v e n ir fe fo rm er derrière c e tte prem ière à une
» diftanee co n v en ab le p o u r la : foûtenir. C ’eft p o u r-
» q u o i toutes, les fois qu’on p eu t1 p ro cu rer Cet avan-
» ta g e au cam p, on n e do it jam ais le n é g lig e r, fu r-
» to u t lôrfqu’on eft dans u n camp à p o rté e de l’en -
» nem i. j§
» Il arrive quelquefois .qu’on fait un jetranche-
» ment devant tout le front du camp : alors il ne doit
» y avoir aucun obftacle qui empêche les troupes de
» communiquer librement du camp au retranche-
»ment.
» Dans les pays tels que la Hongrie &,les provinc
e s ,.v-ôifines. du Danube-, où les Allemands; font-la
» guerre aux Turcs -, tousles officiers généralement
» fe fervent de tentes : mais da.ns la Flandre, l’Alle-
» magne, l’Italie, <5,c: où:l’on a coûtume de faire I?
» guerre, & où il 1e trouve beaucoup de villages ÔC
» dei rnaifons, on s’en fert pour le logement’des offi-
»•ciers généraux , c’éft-i.Tdire: pour celui des iieute-
» nans-généraux & dès iharéchaux de camp. Les four*
» riers.;de l’armée, leur, font marquer à chacun, line
».maifori dans le$ villages-quifé trouvent :renfermés
» dans l& çamp. Les brigadiers iriêmes peuvent,. fui-
» vant les -ordonnances -militaires.,: fe loger dans une
» maifon , s’il s’en trouve à. la queue de.leur brigade :
»maisries jcolonels & les aritres officiers inférieurs
», doivent-néceffairement camper à la queue de leurs
» troiipes,ffelon les mêmes ordonnances.,,
.». On a foin que les officiers généraux foient cam-
» pés ou logés .à côté. des troupes ou des parties de
». l’armée qu’ils eommanderit : ainfi ceux qui com-
». mandent à- la droite ou à la gauche de l’armée, oc-
» çiipent leS villagesfqui fe trouv.ent dans ces parties,
n ôc les autres ceux qui, font.vers le centre ; lorfque
» ces villages ne feront pas fuffifamment couverts
» ou gardés par les troupes du camp , on fait cam-
» per pour la fureté des officiers qui 3?/ont logés, des
» corps de troupes qui mettent ces lieux à l’abri de
„ toute infulte. Rjfai fur la caframétation } par M. le
» Blond. ^ \ ,
Camp retranche, c’eft un efpace fortifie pour
y renfermer un corps de troupes, & le mettre à couvert
des entreprifes d’un ennemi fupérieur : les camps
retranchés fe conftruifent ordinairement dans les environs
d’une place dont le canon peut fervir à leur dé-
fenfe ; & ils ont particulièrement pour objet de couvrir
& de protéger une place dont la fortification ne
permettroit pas une longue réfiftance.
Le retranchement dont les camps retranchés^ font
entourés, ne confifte guere que dans un foffe, &
un parapet flanqué de quelques reclans ou de bâfrions.
Les troupes font campées environ à cent vingt
toifes du retranchement. Voye^ Plane. X I I . de L'Art
milit. une partie <Pun camp retranché dans un terrein
inégal.
. C ’eft des Turcs , dit M. le Marquis de Feuquie-
res , que nous avons l’ufage des camps retranchés,
fous le nom de palanques. Cet ufage eft for-t bon
quand il eft judicieufement pris , & j’approuve la
penféeque M. de Vauban a eue d’en conftruire fous
quelques-unes des places du Roi : mais il ne faut pas
pour cela en faire fous toutes les places qui fér-oient
fufceptibles d’une pareille protection, parce qu’on
ne pourroit pas les garnir fuffifamment de troupes,
& qu’ainfi ces camps retranchés feroient plus préjudiciables
que profitables. Voici les cas où je les approuve.
Lorfque le prince a la guerre à foûtenir de plu-
fieurs côtés de fon état , que de quelques - uns de
ces côtés il veut demeurer fur la défenfive , & qu’à
la tête de ce pays il y a une place dont la conftruc-
tion permet d’y placer un camp retranché ; le prince
en peut ordonner la conftru&ion d’avance ,~afin qu’il
foit bon, & que par-là l’ennemi foit forcé d’attaquer
ce camp dans les formes, avant que de pouvoir affié-
ger la place. ' . . ,
Lorfqu’une ville eft grande, & que fon circuit n’a
pû être fortifié régulièrement à caufe de la grande
dépenfe, & que cependant fa confervation eft nécef-
faire, on peut pour fa proteûion y placer un camp
retranché lorfque fa fituation la rend fufceptible de le
recevoir. Lorfqu’on ne veut garder qu’un petit corps
à la tête d’un pays , foit pour empêcher les çourfes
de l’ennemi , foit pour pénétrer dans le pays ennemi
, on peut chercher la ville la plus commode pour
les effets dont je viens de parler , & y conftruire un
camp retranché , parce qu’il eft plus aifé de fe fervir
des troupes qui font dans un camp retranché, que de
celles qui font logées dans une v ille , dont le fer vice
ne fauroit être aufli prompt que celui des troupes
campées.
Lofqu’on veut protéger une place dominée par des
hauteurs, & qu’il s’en trouve quelques - unes où un
camp retranché peut être placé de maniéré que la communication
de ce camp à la place ne puiffe point être
ôtée , qu’il éloigne la circonvallation , qu’il ne foit
point dominé, & fous le feu du canon de l ’ennemi,
ou qu’il donne quelque liberté au fecours qu’on pourroit
introduire dans la place , ou une facilité à l’armée
qui veut fecourir , de s’approcher de ce camp ;
on y peut faire un camp retranché. ,
Lorfqu’une place fe trouve fituée fur une riviere,
& qu’elle eft du même côté par lequel l’ennemi la
peut le plus favorablement aborder pour en former
le fiége , on peut encore en ce cas avoir un
camp retranché de l’autre côté de la riviere, principalement
fi le terrein fe trouve difpofé de maniéré
que de cet autre côté de la riviere il fe trouve
une hauteur voifine dont l’occupation force l’ennemi
à une circônvallation étendue de ce côté-là ; par*
cé que cette grande circonvallation ainfi féparee &
coupée par une riviere, rendra la place bien plus ailée
à fecourir.
On peut encore faire un camp retranché au-devant
des fortifications d’une place, lorfqu’il peut être fait
de maniéré qu’il éloigne l’attaque , & que l’ennemi
foit obligé à ouvrir une tranchée, & à prendre les
mêmes établiffemens contre ce camp retranché, que
pour l’attaque même de la place ; & qu’après qu’il
aura forcé les troupes qui font dans ce camp à le lui
abandonner, la terre qui y aura été remuée ne doft-
nera pas des établiffemens contre la place.
Enfin les camps retranchés font d’un fort bon ufage
dans les efpeces dont je viens de parler, pour v û qu’ils
foient bons, qu’ils ayent les épaiffeurs convenables
pour foûtenir les efforts de l’artillerie ennemie ; qu’ils
foient protégés de la place qu’ils protègent ; qu ils y
tiennent, & que les flancs en foient en fureté par fa
prote&ion du canon de la place & des ouvrages, &
fous le feu de la moufqueterie du chemin couvert ;
fans quoi ils pourroient être dangereux à foûtenir
avec trop d’opiniâtreté : lorfqu’on les veut foûtenir
avec opiniâtreté, à caufe de leur conféquence pour
la durée d’un fiége , l’on y peut faire un fécond retranchement
intérieur, qui fera garni d’infanterie le
jour qu’on craindra d’être attaqué de vive force ,
afin que le feu de cette infanterie facilite la retraite
des troupes forcées, & contienne l’ennemi qui pour*
füivroit.avec chaleur les troupes forcées jufque dans
le chemin couvert de la place.
Tous les camps retranchés doivent être conftruits
de maniéré que les troupes qui y font campées foient
à couvert du feu du canon de l’ennemi : car il ne
faut pas que par fon artillerie il en puiffe enfiler aucune
partie : fi cela étoit, le camp deviendroit fort
difficile à foûtenir, trop peu tranquille , & trop coûteux.
Ce que j’ai dit jufqu’à préfent des camps retranchés
, ne regarde que ceux qui font conftruits pour un.
corps d’infanterie, pour rendre une circonvallation
plus difficile, pour éloigner l’attaque du corps de
la place , & par conféquent augmenter la durée
du fiége. Il ne refte plus lur cette matière qu’à dire
quel eft l’ufage des camps retranchés pqur y mettre
aufli de la cavalerie.
L’ufage de ces camps n’eft que dans certains cas ,
qui regarde plûtôt la guerre de campagne que celle
des fieges ; & voici quels ils font.
Ou l’on veut dans les guerres offenfives & défen-
fives faire des courfes dans le pays ennemi ; ou l’on
veut empêcher que l’ennemi n’en faffe commodément
, & ne pénétré le pays ; ou l’on veut pouvoir1
mettre les convois en fûreté fous une place où il ne
feroit pas commode de les faire entrer.
Dans tous ces cas l’on peut conftruire un camp retranché
fous une place ; & pour lors il faut avoir
plus d’attention à la commodité de la fituation pour
y entrer & en fortir facilement, & à fon voifina-
ge des eaux , qu’à fa force par rapport à la défen-
fe de la place. Ces camps font toujours de fervice ,
pourvû qu’ils foient hors d’infulte , gardés par un
nombre d’infanterie fuffifant, & affez étendus pour
y camper commodément la cavalerie , & faire entrer
& reffortir les charrois des convois fans embarras.
' ‘
Voilà , ce me femble , tous les ufages differens
qu’on peut faire des camps retranches ; ils font rous
fort utiles : mais il ne faut pas pour cela avoir trop de
ccs camps retranchés : il doit fuffire d’en avoir un bon
fous une place principale fur une frontière ; parce
que leur garde confommeroit trop d’hommes, qui