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aux'bâtimens étrangers,, et encore cette permission .est-elle
restreinte aux Chinois" et aux Hollandois : car si un bâtiment
d’une autre nation poussé par la tempête, a le malheur de relâcher
ou naufrager sur les côtes du Japon, il en est fait aussi-tot
un rapport bien circonstancié à la cour d’Iédo, et l’on conduit
le bâtiment au port de. Nagasaki.
Nous y trouvâmes à notre .arrivée onze jonques ou vaisseaux
chinois , qui avoient mouillé si près de la terre , que durant-le
reflux ils posoient sur la vase. On en chargea quelques-uns qui
partirent tout de suite , mais sept restèrent^ pour passer ici
l ’hiver. Comme leur équipage est assez considérable , eu egard
à la grandeur du bâtiment, car il se monte quelquefois à soixante-
dix et quatre-vingts hommes, il y a annuellement six cents
hommes qui vont hiverner dans la petite île de Desima, située
auprès de la factorerie .hollandoise , vis-à-vis de Nagasaki.
Cette ville est .environnée de toutes parts de montagnes élevées'et
inclinées en pente du côté du port, lequel s’étend du
nord au sud sur un mille de long et quatre portées de fusil de
large en formant uné courbe du côté de la ville; le fond en
est vaseux et profond ; les vaisseaux viennent mouiller à une
portée de fusil de la factorerie.
Je remarquai que dans ce port le flux et le reflux sont
très-considérables, les montagnes escarpées, et que le rivage
est très-bas et'très-creux. I l ‘contient quelquefois cinquante ,
-cent vaisseaux japonois plus ou moins grands, et une multitude
considérable de barques de pêcheurs des environs. Ils ne
rament pas à notre manière ; mais ils ont une ou deux rames
courbées expiés, qu’ils tournent en travers : cette manoeuvre
' est moins fatiguante et le bateau va très-vîte. H H H
Nagasaki est une des cinq villes impériales , ( i ) , et la plus
li) Les Gokosio (les cinq villes ma- Miaco , séjour de l’Empereur liéré-
ritimes et commerçantes ) , qui sont ditaire ecclésiastique, dans la province
commerçante de tout le Japon par ses relations avec les étrangers
admis.- dans le royaume. Elle appartient seule à l’Empereur
civil, qui reçoit le produit des impositions , et qui nomme deux
gouverneurs en son propre et privé nom, en leur conférant
une autorité suprême, tant sur la ville même que sur les factoreries
hollandoise et chinoise.; Ces deux gouverneurs résidoient
ensemble à Naga.saki ; mais aujourd’hui ils se relèvent alternativement
au mois d’octobre ; et celui dont le service vient
d’expirer, va passer son année de repos à Iédo, où l’on garde
sa famille pour gage de sa fidélité. Les appointemens fixes de
chaque gouverneur se montent annuellement à dix mille rixdalles,
sans compter les sommes extraordinaires que sa place peut lui
procurer : mais les présens qu’il est obligé d’envoyer à la cour,
l’entretien d’une multitude d’officiers de tout grade et de domestiques,
absorbent la majeure partie de'son revenu; et il ne
peut faire aucune épargne.
L’île de Desima ne forme, à certains égards, qu’une rue
de Nagasaki; le gouverneur loue cette île aux Hollandois, y
construit des maisons , auxquelles il fait les réparations convenables.
Leslocataires sont obligés de poser des châssis à leurs
frais , de coller-des tapis aux plafonds- et aux'murs, de faire
blanchir et de payer en un mot tous les embellissemens et les
agrémens qu’ils désirent.
Quand la marée est basse , l ’île n’est séparée de la ville que
par un fossé; mais au moment du flux elle communique avec
d’Yamad-jria ; Iédo, séjour du mo-
narque séculier, dans la province de
Musasi ; Osakka, dans celle de Setz;
Sakaï , dans celle d’Yassoumi ; et Na’
gasaki, dans celle de Fisen, à l’extrémité
occidentale de l ’isle de Kioudjou.
Cette ville a tiré son nom des princes
dont elle constituoit le domaine. Ce
n’étoit qu’un, gros bourg à l’arrivée
des Portugais , qui ne .tardèrent .pas à
s’y établir. Le commerce extérieur en
fit bientôt une place considérable , qui
a souvent excité la mauvaise humeur
et les inquiétudes des empereurs du
Japon. Note du Rédacteur.