
L E C H A R A C I N N É F A S C H ,
C h a r a c i n u s N e f a s c h . L a c .
I l semble qu’il n’y avoit rien de plus facile que d’être d’accord sur la nomenclature
et la synonymie du néfàsch, puisqu’il n’est encore décrit que par un seul
auteur, Hasselquist, dans son Voyage en Palestine,page3 78 . On eût d’ailleurs
inutilement désiré un guide plus suret des observations plus exactes.
Mais ce qui, plus que tout ce la , devoit préserver de l’oubli 1 unique description
du néfàsch que nous ayons, est l’ancienneté de sa publication. Elle parut en
1757, long-temps avant ces ouvrages généraux, ces Systèmes de la nature, où 1 on
a la prétention de donner un aperçu des travaux des savans, et de présenter le
tableau de toutes les espèces connues.
Hasselquist avoit donné au néfàsch le nom de salmo Niloticus. Son ouvrage
n’avoit pas encore paru, que Linnéus fut chargé de rassembler tous les objets
qu’il avoit recueillis dans son voyage, et de les disposer dans le cabinet du prince
Adolfe - Frédéric. C e grand naturaliste eut bientôt occasion de les passer en
revue ; il le fit à l’époque o ù , se proposant de publier la suite de la Description
du cabinet du prince Adolfe, il annonça dans un prodromus les objets sur lesquels
rouleroit le second volume.
C ’est dans cet ouvrage qu’il publia un salmo Niloticus. On devoit croire et
l’on fût effectivement persuadé qu’il avoit entendu parler, sous ce nom, du salmo
Niloticus de son disciple. Mais Linnéus, trompé sans doute par une transposition
d’étiquettes, décrivit une tout autre espèce ; ce qui n’est point équivoque, puisque
les caractères (1) qu’il assigne à celle-ci ne conviennent ni au salmo d’Has-
selquist, ni à aucun autre salmo du Nil. H répéta plus tard la même faute dans la
douzième édition du Systema nature.
Gmelin ne manqua pas de la transcrire dans la treizième ; et il trouva de plus
le moyen d’embrouiller de nouveau la synonymie de ces salmo, par le mauvais
emploi qu’il fit d’un passage de la Faune Arabique.
En effet, Forskal y avoit aussi décrit un salmo Niloticus : mais la preuve que, dans
les notes qu’il a laissées et que ses éditeurs n’ont pas toujours entendues dans leur
vrai sens, ce savant naturaliste n’avoit voulu, par le mot Niloticus, qu’indiquer la
patrie de ce poisson, c’est qu’il ajoute qu’il faut bien se garder de le confondre
avec le salmo Niloticus d’Hasselquist ; que ce sont deux especes très-distinctes, et
qu’elles sont connues des Égyptiens sous deux noms différens, celle-là sous le nom
de rai, et celle-ci sous celui de nefasch (2).
(1) Pinnis omnibus flavescentibus, corpore toto albo, (2) Salmo Niloticus est Arabum rai, radiis D . 9 ;
D. 9. 0. P . /j>. V. 9. A. 26. C. 19. Mus. Ad. Fred, prodr. adeòque diversissima ab Hasselquistii ( Nilotico), qui est
p. 99. 2, Systema natura;, i2.‘ édition. ASgyptiorum nefasch. Forskal, p. 66.
Comment donc est-il arrivé qu’après un témoignage aussi positif, Gmelin n’ait
admis qu’une partie de l’opinion de Forskal, et qu’en insérant dans son catalogue
la nouvelle espèce de ce voyageur, dont il changea seulement le nom en
celui de salmo Ægyptius, il ait ensuite donné cette étrange assertion, que c’étoit-là
le néfàsch des Égyptiens, le salmo Niloticus d’Hasselquist! On doit sans doute de
l’indulgence à d’aussi grandes compilations que celle d’un Systema nature : mais
cependant, quand on considère que de tels ouvrages deviennent, par l’insouciance
du plus grand nombre des naturalistes, des livres classiques, on ne sauroit
trop vivement regretter qu’il s’y introduise de semblables erreurs.
On a cru y remédier dans ces derniers temps (i) par le nom de néfàsch rendu
à ce poisson, tandis qu’on a, au contraire, laissé les choses dans le même état
en sc bornant à traduire la description de Gmelin (2), qui, en dernière analyse,
n’est qu’un assemblage monstrueux de traits qui appartiennent, partie au néfàsch,
et partie au raï.
Enfin nous avons adopté les noms de M. le comte de Lacepède ( 3 ), parce
que le néfàsch fait effectivement partie du nouveau genre characin établi par ce
savant ichthyologiste.
Le néfàsch, systématiquement parlant, appartient à ce genre, d’après la considération
de ses quatre rayons branchiostéges : mais d’ailleurs il a tant d’affinité
avec le serrasalme citharine, qu’il devra en être très-voisin dans une méthode
naturelle. Il forme même un chaînon intermédiaire qui lie cette espèce aux véritables
characins : plus long que la citharine, il est plus court que ceux-ci. Sa
plus grande hauteur est à sa longueur à-peu-près dans la proportion de 1 à 3,
et ces parties sont dans la citharine comme 1 à 2 , et dans les autres salmo ou
characins du Nil, comme 1 à 4 -
Le néfàsch, comparé à la citharine, a le museau plus obtus et pourtant plus
alongé, la nageoire dorsale moins élevée et semi-elliptique, l’adipeuse plus petite
et pyriforme, toutes les autres nageoires, particulièrement celle de l’anus,
beaucoup moins étendues, et les dents bien plus distinctes.
Ces dents sont grêles, nombreuses, alongées, flexibles, contiguës, disposées
sur deux rangs, et sur-tout remarquables par la bifurcation de leur extrémité : le
crochet d’une dent forme, en s’appuyant sur le crochet d’une dent voisine, une
sorte d’engrenage qui rend toutes ces dents susceptibles de quelque résistance, et
propres à de continuelles recherches dans les terrains du fond des rivières.
La langue est libre en partie, déprimée, cartilagineuse, obtuse et glabre en dessus.
La ligne latérale est comme dans la citharine. Les écailles sont dans le même
cas, mais plus petites : on en trouve sur deux nageoires qui en sont ordinairement
dépourvues, telles que la seconde dorsale et la caudale.
(1) Salmo nefasch. Bonnaterre, Encyclopédie méthod. nefasch, et le reste, copié littéralement de Forskal, de
planches deVichthyologie. • celle du raï.
(2) Nous la rapporterons ici : Radiis D . 2 j , dorso (3) Histoire naturelle des poissons, in-4.,0, tome V,
viresccnte , dentibus maxilice inferioris majoribus. Ce pages 2yo et 2yq..
grand nombre de rayons est pris de la description du