
LE T É T R O D O N HÉRISSÉ,
T é t r o d o n H i s p i d u s .
T o u t ce que nous venons de rapporter touchant 1 organisation generale des
tétrodons, s’applique si parfaitement au tétrodon hérissé, qu’il ne nous reste plus,
à son égard, qu’à indiquer le petit nombre de traits par lesquels il différé du
fàhaka. C ’est, en effet, le même port, ainsi que le même arrangement des parties.
Il se gonfle tout autant, et sait tout aussi bien faire valoir ses épines et les rendre
redoutables à .ses ennemis : il est même couvert d’une plus grande quantité de
pointes, plus petites à la vérité , mais plus également répandues sur tout le corps.
C ’est ce grand nombre d’aiguillons qui lui a fait donner le nom spécifique sous
lequel il est connu.
Ses couleurs, tous les tétrodons étant plus ou moins hérissés d’épines, fournissent
un meilleur caractère pour le distinguer de ses congénères. Sur un fond
gris-bleu, où quatre bandes, comme autant de digitations, descendent sur les
flancs et se prolongent fort avant sur le ventre, se voit une multitude de taches
bleu-de-ciel, petites, rondes, et disposées en quinconce. C e mélange, dun effet
très-agréable, est encore relevé par quatre raies également d’un bleu tendre, qui
traversent les bandes ou digitations des flancs. Deux de ces raies ont leur origine
en avant de la nageoire, et en forment l’encadrement, et les deux suivantes
naissent de la bande antérieure; elles sont à-peu-près parallèles et à une égalé
distance les unes des autres : le ventre est d’ailleurs dun blanc sale.
Le squelette présente des différences plus importantes ; le sinus, forme par les
apophyses supérieures des premières vertebres, a moins detendue; le crâne est
plus long et plus étroit; une simple lame sert de cloison aux fosses orbitaires; et
les coronaux, qui terminent le haut de l’orbite par un rebord lisse et circulaire,
sont de moitié moins larges. Enfin les furculaires ont une forme toute particulière
et bien mieux appropriée aux usages que nous leur avons reconnus : ils ressemblent
à une spatule, et sont beaucoup mieux dans le cas, par leur partie évasee qui est
mince et flexible, d’embrasser la vessie aérienne, et de la porter sur 1 oesophage.
Le tétrodon hérissé est un poisson des mers de l’Inde et de 1 Arabie : Lages-
troem (i) l’a trouvé sur les côtes de la Chine; Commerson (z), dans des mers adjacentes;
et j’ai péché moi-même à Soueys l’individu que j’ai fait graver.
Cependant on croit généralement que cette espèce vit aussi dans les eaux de la
Méditerranée. Salvien et Bloch rapportent qu’on lui donne, dans plusieurs endroits
de l’Italie, le nom de pesce palombo, et celui de Jlascopsaro dans quelques
(î) Lagestr. Chin. 23. . *
(2) Histoire des poissons par M. le comte de Lacepède, in-4..0, tome J.cr, page 4.89.
contrées du Levant. Rondelet est la source où l’on a puisé ces renseignement; mais
il est aisé de démontrer qu’ils ne prouvent rien à l'égard du tétrodon hérissé.
En effet, lé passage de Rondelet (i) s’applique entièrement au fàhaka. On avoitpris
aux embouchures du Nil le sujet dont il a donné une description; et la figure faite
d’après cet individu est aussi celle du fàhaka, ou du moins s’annonce telle par les
rayures qu’on voit sur les flancs de ce poisson, et particulièrement sur les côtés de
sa queue. Les Vénitiens, ajoute à la vérité Rondelet, lui donnent le nom de pesce
columbo ; et les Grecs, celui de jlascopsaro. Mais l’on ne sauroit entendre ce passage
autrement qu’en supposant qu’il n’est ici question que des Vénitiens et des
Grecs établis à Alexandrie ou à Rosette; c’est la seule manière de l’accorder avec
ce que nous savons de la patrie du fàhaka.
Un autre passage de Belon (2) est susceptible d’une interprétation semblable.
« On pêche aussi, di t-i l , dans le Nil, deux espèces de poissons ronds, gros
» comme la tête, dont les peaux sont emplies de bourre ou de foin, et nous sont
» envoyées par la voie des marchands : les Grecs les nomment jlascopsari ; et les
» Latins, or bis. «
La réflexion de Belon sur ces poissons devenus un objet de commerce rend
évident qu’il ne les a connus que préparés. On continue à en envoyer de bourrés,
de la mer Rouge au Kaire ; et ce qui prouve le prix qu’on y attache toujours, est
le présent d’un individu qu’en fit, dans une certaine occasion, un négociant Musulman
à sa Majesté l’Empereur, alors général en chef de l’armée d’Orient.
Je regarde donc comme certain, d’après ce qui précède, que le tétrodon hérissé
ne se trouve pas dans la Méditerranée : j’ai dû porter ce fait jusqu’à une entière
démonstration, à cause des conséquences importantes, tant pour la zoQlogie, que
pour l’histoire des révolutions du globe, qu’on est dans le cas de déduire de l’assignation
des lieux qu’habitent les animaux.
M. le comte de Lacepède a décrit et figuré ce poisson.
(r) Rondelet, Fisc. part. I , page 419. (2) Belon, Observ. Ih. 1 1 , chap.3 î .