
Le diaphragme. II étoit ouvert à son milieu, principalement composé de deux
muscles très-étendus.
L ’oesophage. Son ouverture est comme chez les animaux, où il est gouverné pat
les appareils hyoïdien et laryngien, qu’on a vus plus haut réunis 1 un à 1 autre :
il n’est plus de pharynx, ni d’ouverture oesophagienne, si ces appareils sont portés
sur le palais; mais s’ils sont tirés en arrière et abaissés, ils rendent béante l’entrée
de l’oesophage; à quoi correspond et se rend utile, pour l’entraînement de l’objet
alimentaire, la langue, tout engagée qu’elle est sur ses bords; car, en se fronçant
par ondulations successives, elle aide à la déglutition de la proie engagée. Perrault
donne à l’oesophage d’un jeune crocodile qu il a observé un diametre plus grand
qu’à l’estomac, et il compare celui-là au gésier, il aura voulu dire au jabot dun
oiseau qui vit de grains; et il suppose en conséquence, alors contre toutes les
indications de l’analogie, que la digestion s’opère en grande partie dans l’oesophage.
Mes observations sont directement contraires a celles de ce célébré anatomiste:
j’ai trouvé que le plus grand diamètre de l’oesophage donnoit om,o 6 , quand les
deux diamètres de l’estomac sont om, i 7 et om,iy .
L ’estomac, comme on le pressent déjà par ces mesures, existe sous la forme
d’un ellipsoïde qui seroit légèrement comprimé sur les côtés : au surplus, ce
n’est point à un gésier qu’il ressemble. La tunique veloutee est tres-epaisse, etli
musculeuse bien moins. L ’intérieur étoit cependant rempli de petits cailloux dont
le poli annonçoit qu’ils avoient servi a la trituration des matières alimentaires.
L ’estomac étoit surmonté d’une poche, laquelle se trouvoit terminée par le pylore
Intestins. Leur égalité de volume et leur simplicité étoient remarquables : It
dernier tronçon, ou le rectum, présentoit seul un diametre plus grand. Leur longueur
totale, dans le sujet que j’ai examiné, étoit de 3"",467 : un peu au-dessous
du pylore, le duodénum formoit un double contour s’élevant de bas en haut dans
une longueur de om, t4 ; ses replis, qui se touchoient, étoient unis par une panne
de graisse refendue en trois endroits divers. L e reste des intestins, parmi lesquels
on n’apercevoit aucune trace de coecum, étoit fortement attaché aux lombes par
le.mésentère. _ t
Le foie. II étoit composé de deux lobes inégaux : lun avoit la forme dm
parallélipipède ( om, 14 sur om,o9 ) ; l’autre étoit grêle et plus alongé ( om, 19). Ce
viscère m’a offert une organisation remarquable, dont aucun anatomiste na.je
crois, fait encore mention. La surface convexe de chaque lobe est couverte dune
membrane qui est l’aponévrose des muscles diaphragmatiques. Ceux-ci commencent
au bord postérieur et inférieur des lobes, et vont s’insérer très-près ds
bassin, à la dernière pièce du sternum abdominal. Je donne ce nom à une partie
de squelette qu’on ne trouve que dans les crocodiles : je dirai plus tard ce qui en
est. L ’action de ces deux muscles est d’abaisser le foie et de procurer par-là pli«
de capacité à la poitrine : telle est par-tout la fonction du diaphragme. Or la
considération intéressante, à ce sujet, est de faire ici retrouver un organe quun
défaut d’attention et le fait inattendu de sa division sur la ligne médiane y avoifflt
fait méconnoître chez les ovipares, et principalement chez les oiseaux.
La vésicule du fie l ( om,o8 sur om,03 ) étoit ovoïde et adhérente au lobe droit
du foie.
La rate, ovoïde - alongee, de ora, 10 sur om,o4 , à face inférieure légèrement
concave, a face supérieure relevee par deux cretes, dont une très-petite
Les reins, composés de mamelons et de nombreuses sinuosités formées par
l’amas des glandes, de om, 12 sur om,oy 5.
Les organes génitaux. Les organes sexuels des crocodiles sont si compliqués et
ont montre des différences si grandes, que les auteurs, craignant sans doute de ne
pouvoir suffire à leur explication , n’ont qu’effleuré ce sujet : c’est que la composition
de ces organes, comme ce que nous venons de rapporter de la conformation
de la tête, des poumons, du système cérébro-spinal, &c., établissent avec
certitude que le crocodile n’est point seulement, ce qu’on a cru long-temps, un
lézard qui ne diffère de ses congénères que par sa taille gigantesque.
Organes génitaux femelles. Le sexe femelle donne mieux les conditions les plus
générales du type commun aux deux sexes. Cette circonstance m’engage à interrompre
la description de l’individu mâle, dont j’ai traité jusqu’à ce moment, pour
m’occuper d’abord de l’appareil sexuel de la femelle. J’aurai à faire connoître les
dimensions de ses principales parties : je préviens que je les ai prises sur une
femelle d’un quart plus grande que l’individu mâle.
En m en reposant sur de certaines inductions, j’avois pensé que j’observerois
chez le crocodile une répétition des organes sexuels des tortues -. j’ai trouvé, à
ma très-grande surprise, que ces organes chez le crocodile paroissent plutôt
établis conformément au type des oiseaux ; ce qui est principalement vrai des
relations de ces organes avec les parties terminales des appareils intestinaux et
urinaires.
Y a-t-il une vessie urinaire ! du moins elle n’est pas distincte ; elle ne forme
point une poche a part, comme chez les mammifères et les tortues. Le sac où
arrivent et se déposent les urines n’e st, à proprement parler, qu’un tronçon de
Iintestin. Si cest là bien décidément une vessie urinaire, ainsi que son emploi et
quelques relations un peu équivoques avec les voies urinaires semblent l’indiquer,
lintestin se seroit porté vers son fond, l’auroit pénétré, et, en se continuant ainsi
dans cette vessie,^ auroit changé sa forme habituelle d’une bouteille avec un seul
goulot en celle d’un manchon ouvert à ses deux extrémités. Admettroit-on que
ce compartiment, servant de réceptacle à l’urine, n’est toutefois qu’une dernière
et plus grande dilatation de 1 intestin , ou la partie qu’on nomme le rectum !
Cette autre détermination porterait à dire que la vessie urinaire manque entièrement,
et quil est pourvu a son défaut par de nouveaux services imposés à la
dernière portion intestinale, surajoutés à ceux de son emploi ordinaire. Quoi qu’il
soit, cette conformation si remarquable chez le crocodile est précisément ce
que j ai fait connoître à l’égard des oiseaux ( 1 ).
J ai mesuré le canal intestinal du crocodile femelle, que j’ai trouvé long de trois
métrés. Le renflement qui est au-delà, rectum ou vessie urinaire, est piriforme.
(») Philosophie anatomique, tome I I , page 321.