
poisson, et généralement que ces débris moléculaires, ces fragmens e détritus
animal, que le mouvement des eaux porte et rejette sans cesse sur le rivage.
Toutefois, avant de croire à l’identité du petit pluvier et du trochlus des Grecs,
j’aurai à examiner si notre oiseau, courant et sautillant sans cesse , se propose
réellement de procurer au crocodile le soulagement dont il est parlé dans les
auteurs. Ceci nous ramène à notre seconde question, savoir : quels animaux se
rendent incommodes au géant des reptiles 1
Sur les bdeUa. Des insectes fourmillent, voltigent et bourdonnent à la surface
du fleuve en Egypte : tels sont ceux des régions humides et chaudes, que l’on
connoît sous le nom de cousins en Europe, et sous celui de maringouins en Amérique.
Hérodote traite, dans le §. 9 5 , de leur excessive incommodité; il les y
nomme 1 ainsi qu’on le fait encore aujourd’h u i, conops. Or ce n’est point ce
nom, maïs celui de bdeUa, qui figure dans le texte dont nous nous occupons. Mais
cependant, si c’étoit ce premier nom que la nature des choses y appeloit, je
serois de plus en plus confirmé dans l’opinion qu’Hérodote n’auroit rédigé son
paragraphe crocodile que sur des notes que lui auroient transmises les prêtres de
Memphis. C’est ce que je crois pouvoir établir par ce qui suit.
J’ai été fort attentif à toutes les allures du petit pluvier ; et l’ayant vu poursuivre
sa proie, dont il est très-friand, jusque dans la gueule du crocodile, je suis resté
fixé sur les faits de détermination dont j’avois la connoissance si fort à coeur. Or
ce que j’ai d’abord observé, c’est que ce n’est point pour nettoyer les dents, à quoi
pouvoient suffire et suffisent les pieds de derrière, que le troclùlus, ou le petit pluvier,
s’agite et se porte sur le crocodile. Celui-ci est livré a d autres soins ^ j ai pu 1 observer,
et même plusieurs fois, sur-tout en m’y appliquant, à 1 égard d un crocodile
fraîchement mort ; ce qu’il étoit plus facile d’expérimenter. Or ce que j ai appris
et par moi-même e t par le rapport des pêcheurs, c’est que tout crocodile arrivant
au repos, sur le sable, est aussitôt assailli par un essaim de cousins qui volent en
quantité innombrable à portée et au-dessus des eaux. Sa gueule n’est pas si hermétiquement
fermée que ces insectes ne trouvent à s’y introduire : ils y arrivent ei
s’y rangent en tel nombre, que la surface intérieure de tout le palais, dun jaune
v if p a r -tou t, est recouverte d’une croûte d’un brun noirâtre, qui est le produit
de ces cousins rangés côte à côte. Tous ces insectes suceurs enfoncent leurs
trompes dans les orifices des glandes qui abondent dans la gueule du crocodile.
Circonstance bien digne de remarque ! il existe à Saint-Domingue un crocodile
si voisin de celui d’Égypte, que j’ai eu beaucoup de peine à en saisir les caractères
différenciels. Se distinguant sur-tout par ses mâchoires plus'longues, d’où son nom
latin de Crocodilus acutus, il a la langue aussi plus longue, et par conséquent encore
plus exactement renfermée dans les tégumens intérieurs et extérieurs qui sont repartis
entre les branches maxillaires. Voilà donc un autre crocodile qui, privé de
l’usage de sa langue, ne peut pourvoir à tous les soins que nécessite la bonne tenue
de son palais : alors mêmes causes et mêmes effets. Des insectes également nuisibles,
si même ils ne leur sont entièrement identiques, dits maringouins à Saint-Domingue,
existent en ce lieu comme en Égypte. Le crocodile de Saint-Domingue,
arrivant
arrivant aussi au repos sur'les rampes des rivières, est donc également exposé aux
mêmes tourmens que le crocodile du Nil; mêmes douleurs, par conséquent mêmes
remedes. Cependant ceux-ci seroient-ils administrés également, par le petit pluvier'
Cette espèce existe en térfe-ferme. Quoi qu’il en soit, on connoît en tout lieu des
oiseaux ayant pareilles habitudes, se nourrissant du frai de poisson, de larves et
de petits insectes, continuellement occupés à la recherche de cette menue nourriture,
sautillant, courant de place en place, et ne manquant point à faire curée
quand ils en ont le sujet. Or cette occasion leur est toujours fournie par des maringouins,
qui ne peuvent négliger d’assaillir le crocodile, d’entrer dans sa gueule
et d’en tapisser toute la surface.
L’oiseau qui rend’ ce bon office au crocodile de Saint-Domingue est, dit-on
le todier, espèce plus petite que le clmradrius Ægyptius, à bec frêle, déprimé et
très-plat. Il peut donc entrer sans difficulté dans la gueule du crocodile'; e t, repu,
en sortir de meme : excepté que c est une autre espèce qui remplit le rôle du petit
pluvier, ce sont les mêmes scènes qu’en Égypte, la répétition des mêmes habitudes.
Cette coïncidence de moeurs a été observée par M. le docteur Descourtils (1)
qui a fait un long séjour à Saint-Domingue, et qui, ayant eu connoissance de
mes recherchés sur ce point, n’a pas manqué de donner aux siennes la direction
dont les sciences viennent heureusement de recueillir le fruit.
Ni l’un ni l’autre de ces crocodiles qui sont également privés de l’usage de
leur langue, comme organe de mouvempnt, ne peuvent en remplacer l’office
par un recours à leurs membres de devant ; ceux-ci sont trop peu souples et
beaucoup trop fcourts pour atteindre à la gueule (2 ). La nature auroit donc
établi les crocodiles sans les moyens de pourvoir personnellement à leur bien-
être, aux soins de leur conservation. Dans ce cas, misérablement abandonnés
aux morsures d’insectes minimes par leur volume, mais qu’un concours bizarre
de circonstancès rendoit tout-puissans, il falloir, ou que ces crocodiles succombassent
sous 1 excès de leurs maux, ou qu’ils pussent les soulager en implorant la
charité d’autrui.
Le récit des anciens s’accorde pour montrer en tout ceci conflit d’habitudes,
devoirs réciproques, affection mutuelle. Mais alors que répondre à la demande I
Lequel des deux, du crocodile ou du trochlus, a le plus d’intérêt à commencer
et à maintenir I alliance ! Il me semble qu’avant qu’on eût appris ce qui se passe
aSaint-Domingue on n’avoit, pour être fixé à cet égard, que le seul raisonnement,
nécessairement accompagné de ses chances ordinaires d’erreur; mais présentement
pa^ l ^ yag‘ d’mna,uralUuiSaint-Domi^ A o ^ e m , arc, il les porte à sa gueule. II ne lui arrive pas tou-
CpnpnrTmr a/t t-v j°urs haPPer sa proie et de l’avaler tout d’une fois :
uris > " V ?:eSC° imi15 " e I Seroit- 3 Pas Ü s’d Ia Pre" d partie, et que ses dents en accrochent
L v e s il vu r r OIST d“ Iit“ raI des et retiennent quelques fragmens, il n'a ni lèvres ni
et abrités. M a P°rtee de b-a g e s frais langue pour y remédier ; il y supplée alors par un ¡eu
t > j . ,, prompt et très-bien entendu de ses doigts de derrière,
incauacité I " " J ? dev*nt fraPP“ s de cet,e Ainsi I « tien vrai que le crocodile a paifois ses dents
lement de ' V a a “ aUcontraire> “ és-diabi- encombrées, devant être nettoyées,- mais il est non moins
les -tnimn» 8 rrere- h les emploie en imitant certain qu'il n’a besoin pour cela d'aucun secours e'traneer.
qui se grattent, et, s’il ploie son corps en et qu’il peut lui-même y pourvoir. ” “
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