
car, leur tête netant pas revêtue d’écailles, mais étant seulement couverte d’une
peau assez fine, on conçoit qu’elle rie peut résister aux chocs auxquels elle est fré_
quemment exposée dans le cours d’un long voyage. Au reste, d’autres poissons
présentent aussi quelquefois des meurtrissures, de même que les mormyres : tel est
particulièrement l’Hétérobranche harmout, espèce chez laquelle la peau est égale-
ment nue et sans écailles,
Il reste maintenant à faire connoître les traits qui distinguent chacune des espèces
du genre Mormyre. Ces espèces ont été divisées par M. Cuvier, d’après la forme
du museau et la grandeur de la nageoire dorsale, en quatre sections qui sont très-
naturelles, et que nous adopterons ici. Elles sont caractérisées de la manière
suivante.
La première a le museau cylindrique et la dorsale longue ; les tr ois autres ont
toutes la dorsale courte, et se distinguent par la forme du museau, cylindrique et
alongé dans la seconde, court et arrondi dans la troisième, enfin carré et comme
tronqué dans la quatrième.
! MORMYRES A MUSEAU CYLINDRIQUE
E T A N A G E O I R E D O R S A L E L O N G U E .
LE MORMYRE O X YRH YN Q U E
( Aformyrus oxyrhynchus, G e o f f r . S.t -H i l . , planche 6 , fig. i ).
C ette espèce est extrêmement facile à distinguer de tous lqs mormyres, on peut
dire même de tous les poissons, par la forme très-singulière de sa, tête, conique
dans sa partie postérieure, mais terminée en devant par un museau cylindrique,
mince et très-alongé, dont la ressemblance avec cefui d’un fourmilier a frappé tous
les observateurs. La bouche, qui occupe la partie antérieure du cylindre, est si
petite, que, chez un individu d’un pied de long, elle a à peine, lorsqu’elle est
ouverte, trois ou quatre lignes dans son plus grand diamètre.
La cavité orbitaire, située à un pouce et demi du bout du museau, est de forme
ovale , son diamètre antéro-postérieur étant très-long et le transversal très-court;
caractère qui ne se retrouve pas, du moins aussi prononcé, chez les autres mormyres,
mais qui n’empêche pas que l’oeil ne soit, comme chez ceux-ci, parfaitement circu
laire : il est placé à fleur de tête et recouvert par une membrane transparente qui
se continue avec les tégumens, et qui n’est qu’une portion très-amincie de la peau,
ou , si l’on veut, une véritable conjonctive. Les deux mâchoires sont sensiblement
égales en longueur ; disposition qui n’offre rien de remarquable en elle-même, mais
qui fournit l’un des traits distinctifs de cette espèce. L’ouverture branchiale est
dirigée un peu obliquement d’arrière en avant et de haut en bas. L’opercule a la
forme d’un carré ou plutôt d’une losange assez irrégulière : ses bords supérieur et
inférieur, et sur-tout le postérieur, sont un peu arrondis ; l’antérieur est, au contraire
, exactement rectiligne.
La taille de cette espèce est quelquefois de plus d’un pied ; mais l’individu qui
a servi de type à cette description avoit seulement dix pouces de long, du bout
du museau à l’origine de la nageoire caudale; et sa hauteur étoit de deux pouces
et demi à i’insertion de la nageoire ventrale, d’un et demi vers la fin de l’anale,
de neuf lignes vers la partie moyenne de la queue, et enfin de près d’un pouce
vers son extrémité. La tete, qui formoit le quart environ de la longueur totale
avoit près de deux pouces de hauteur vers le bord libre de l’opercule, un pouce
vers l’oeil, et six lignes* seulement dans la portion cylindrique du museau. Enfin
pour ce qui concerne les nageoires, celle du dos, la plus grande de toutes, com-
mençoit à deux pouces environ de l’occiput, et se terminoit un pouce et demi
avant 1 extrémité de la queue. La ventrale s’insérait deux pouces un quart en arrière
de l’ouverture branchiale, et l’anale commençoit deux pouces plus loin; celle-ci
venoit presque immédiatement après l’anus, qui se trouvoit placé à égale distance
de 1 extremite de la queue et du bout du museau. Toutes ces mesures sont peu
importantes en elles-memes; mais elles ne doivent pas être négligées, parce
quelles seules peuvent permettre d indiquer avec précision'plusieurs des caractères
de I espèce, et particulièrement ceux que fournissent les proportions des diverses
parties du corps.
Au reste, si, au heu de chercher à décrire l’oxyrhynque, on vouloit se contenter
de 1 indiquer à la manière Linnéenne, ou, en d’autres termes, si l’on cherchoit seulement
à donner les moyens de le distinguer de ses congénères, il suffirait de
faire connoître la forme singulière du museau, en ajoutant quelques mots sur la
grandeur et la forme des nageoires, et particulièrement sur celles de la dorsale.
Celle-ci, dont l étendue a déjà été indiquée, est composée de rayons dont la
grandeur décroît insensiblement de devant en arrière, les premiers ayant un pouce
de long, et les dernrers un demi-pouce seulement. L’anale est beaucoup moins
etendue que la dorsale, dont elle n’égale guère que la cinquième partie : sa forme
est celle d’un trapèze dont le plus petit côté ést formé par le dernier des rayons,
qui na quun demi-pouce, tandis que les premiers ont environ treize lignes Les
ventrales et les pectorales sont aiguisées en pointe, celles-ci étant sur-tout composées
de rayons très-inégaux entre eux; les supérieurs ont plus d’un pouce et
demi, et les inférieurs sont trois fois plus courts. Enfin la nageoire de la queue est
tres-fourchue : elle se compose de deux moitiés réunies seulement vers leur partie
anteneure par une petite membrane transparente; et l’on pourrait même dire qu’il
existe deux demi-caudales. Quant aux rayons, ceux de la dorsale sont assez écartés
iun de 1 autre, et se bifurquent par leur extrémité : ceux des ventrales, renfermés
dans une membrane assez épaisse, et ceux des pectorales, se divisent bientôt en
deux branches qui se subdivisent elles-mêmes vers leur terminaison en deux autres
branches secondaires; enfin ceux de la caudale, qui sont en partie enveloppés par
des prolongemens des muscles de la queue et se trouvent ainsi peu libres, se partagent
en un grand nombre de rameaux.
t Le Moi™yfe oxyrhynquè est généralement couvert de petites écaillés’ disposées
tres-regulierement en quinconce; mais la tête est couverte d’un épiderme très-fin,