
mince et délicate ( t ) , et. ces premières qualités lui en procuroient nécessairement j
une autre que ses relations plus intimes avec les viscères ne pouvoient que fay0. j
riser;. je veux dire une sorte de sensibilité que le test plus compacte ou plus épais!
des Ascidies ne paroît pas avoir ( 2 ).. Cette sensibilité du corps à la surface étoit in-1
compatible avec la privation totale de la locomotion. Comment imaginer des êtres j
exposés sans cesse aux impressions des agens extérieurs, et dans l’impossibilité j
absolue d’en éviter aucune ! Les Biphores ont donc obtenu les moyens de changer j
de lieu ; et l’on ne peut qu’admirer ceux qu’elles ont reçus d’une organisation si|
simple, et, en apparence, si peu propre à les fournir'( 3)., De là sont venues!
la. conformation , la situation des deux orifices, et vraisemblablement celle des!
branchies, qui,étendues sur les parois de là tunique intérieure, eussent supporté!
avec peine des contractions trop souvent répétées. Mais ce n’est pas sur les seuls!
individus, c’est encore sur leurs agrégations que l’adhérence des deux sortes deI
tuniques a exercé son inévitable influence. Les tuniques extérieures ne pouvoient I
- plus se toucher par tous les points et confondre leur substance : cette liaison gêne-J
raie des. enveloppes, s’opposant.à leurs mouvemens particuliers, eût équivalu pour!
chacune à la plus grande rigidité, et eût de même arrêté tous les phénomènes del
l’absorption et de l’expulsion de l’eau (4 )- Les agrégations des Biphores dévoient!
donc différer beaucoup de celles des Ascidies : aussi ces Mollusques ne tiennent-j
ils. les uns aux autres que par quelques protubérances gélatineuses, disposées del
manière à ne point gêner les mouvemens des muscles. Leur union n’est même |
que temporaire. « A un certain âge, dit M. Péron, ces animaux se séparent;!
» tous, les grands individus sont solitaires. » Le même voyageur pense que les 1.
chaînes de Biphores viennent au jour toutes formées: il paroît, suivant d'autres,1
quelles sont constamment composées d’individus de même âge et de taille égale: ■
Si ce dernier fait est exact, il prouve combien ces associations conservent peu■
d’analogie avec celles des Ascidies , dont les systèmes naissent tout formes,!
mais continuent de s’accroître par l’apparition et le développement successif del
nouyeaux animaux, et.se composent long-temps d’individus de toute grandeur.!
Ajoutez que la disposition symétrique des unes et celle des autres ne se resrl
semblent aucunement. Les Biphores, soit qu’ils s’étendent en chaîne, soit qu’ils sel
rassemblent en cercle, sont toujours placés dos à dos. En général, les chaînes sont !
composées de deux rangs d’individus tellement combinés, que chaque Biphorel
répond à deux autres du rang adossé au sien : ceux de tout un rang ont I orifice!
branchial formé d’un côté de la chaîne; ceux de l’autre rang sont du côté oppose. I
(1) Quoique les Ascidies, en général, se renflent quand
elles absorbent l’eau, s’affaissent, se rident, quand elles
la rejettent, les diverses circonstances où l’on trouve ces
animaux , prouvent que les mouvemens de l’enveloppe
extérieure ne sont pas absolument nécessaires à ceux de
la tunique charnue. On est obligé de penser que celle-ci
peut se contracter seule, sans néanmoins pouvoir décider
quelle est la substance qui s’interpose entre elle et l’enveloppe
lorsque cette contraction a lieu.
(2) Les Ascidies très-gélatineuses, comme YAscidia in-
ustinalis, sont plus sensibles à l’extérieur que les autres;
mais elles jouissent de la faculté de faire rentrer et de
mettre à couvert les parries proéminentes et délicates de
leur enveloppe. Au reste, tout ce paragraphe suppose
certaines restrictions : si j’omets d’en n o t e r quelques-unes,
j’espère que le lecteur y suppléera.
(3) On sait qu’ils avancent en absorbant l’eau par l’ouverture
branchiale et la rejetant avec v io lence par l’ouverture
anale. Voye^ Forskaol, B o s c , PÉRON, &c.
(4) Pour admettre le contraire, il faudrait supposer
que, dans les Ascidies intimement agrégées les mouve- ■
ndividuels d’inspiration ou d’expiraiion sont par- ■
litement simultanés et isochrones, supposf.ion à laquelle ■
les faits connus ne conduisent pas.
C e t arrangement suppose des moyens de communication que nous ne connois-
sons point; moyens qui existent toutefois, si, comme les observateurs l’assurent,
l e s mouvemens individuels sont si bien coordonnés, qu’une chaîne de quelques
ce n ta in e s d’animaux n’en représente réellement qu’un.
Quelles que soient, au reste, les connexions de l’enveloppe extérieure avec les
parties internes, sa nature, dans les Ascidies et les Biphores, reste la même :
elle est toujours souple, humide, et distinctement organisée; et c’est par ces
qualités qu’elle continue de faciliter les agrégations singulières que nous avons
cherché à faire connoître. C ’est en quoi elle diffère beaucoup de l’enveloppe des
Contiucs ou Mollusques bivalves, dont le test pierreux, sans fluides ni vaisseaux
apparens, semble exclure toute possibilité d’une pareille liaison organique. Remarquons
de plus que la nature a donné à ces derniers Mollusques un organe
delà locomotion approprié à leur pesanteur, une sorte de pied musculeux, qui
non-seulement manque aux Biphores et aux Ascidies, mais que leur organisation
n e comporte point. Son existence dans les Conques est, au contraire, favorisée
par la division du test en deux valves mobiles, par l’ouverture du manteau
et la position symétrique des branchies aux deux côtés du corps, sur lequel il
fait aisément saillie. Je ne parlerai pas des autres distinctions qui accompagnent
celles-ci, et qui cependant marqueraient encore mieux la distance qui sépare les
Bivalves des Ascidies et des Biphores. Il me suffit d’avoir exposé les caractères
qui rapprochent ces derniers animaux, ceux qui les éloignent, et d’avoir montré
que, si leur commune structure et leur commune propension à former des êtres
composés exigent qu’on les réunisse dans une même classe, ils conservent
néanmoins encore assez de différences entre eux pour constituer, dans cette
petite mais importante division des invertébrés, deux ordres distincts.