
Sans doute que, mieux informé au sujet de l’animal bdclla, il ne se fût pas servi
de la locution, comme le crocodile se nourrit particulièrement dans le N il, et qu’il Juj
eût substitué cette leçon, seule d’accord avec les faits de sa narration : « Attendu
» que le crocodile vit à portée des eaux à la surface desquelles voltigent des
» myriades d’insectes, il a tout le dedans de la gueule exposé à leur morsure. ti
Il se pourroit toutefois que la locution critiquée lé fût mal-à-propos; car de très-
petits animaux aériens ne sont point uniquement répandus autour du crocodile:
il en est d’aussi petits qui vivent dans l’eau; telles sont principalement plusieurs
de leurs larves. Mais je ne crois point faire erreur pour les deux motifs ci-après :
i.° ma détermination des êtres incommodes au crocodile, laquelle sè trouve reproduite
et conséquemment confirmée dans un cas analogue par M. le docteur
Descourtils, ce qu’on verra plus bas ; 2.0 la circonstance qu’il n’y a point de vraies
sangsues, hirudo, L ., dans les eaux vives qui battent la tête des îles. Il en existe en
Égypte, mais c’est seulement dans les puits, dans des bassins fermés, et généralement
dans des eaux tranquilles.
Aristote, qui, cent ans plus tard, confirme le récit d’Hérodote en ce qui concerne
les soins rendus au crocodile par l’oiseau dit le trochilus, évite de s’expliquer
sur le sens du mot bdella; on va voir de quelle manière : « Lorsque le crocodile,
» dit Aristote, a la gueule ouverte, le trochilus y vole et lui nettoie les dents. Le
» trochilus trouve là de quoi se nourrir ; le crocodile sent le bien qu’on lui fait, et
» il ne cause aucun mal au trochilus. Quand il le veut faire envoler, il remue le cou
» afin de ne le pas mordre ( 1 ). »
Cependant, si ce passage échappe sur un point à l’erreur, il y retombe sur un
autre. Doit-on effectivement admettre que l’alliance de deux êtres aussi diffé-
rens, que le dévouement réciproque du plus grand des lézards et d’un très-petit
oiseau, n’aient jamais eu d’autres motifs qu’un soin de propreté à l’égard d’un aussi
puissant allié que l’est le crocodile ! Il suffit sans doute de cette réflexion pour
qu’on croie inutile de plus insister à cet égard. On sent que quelques élément
manquent au récit d’A ristote, comme à celui d’Hérodote; et il est évident qu’on
les y introduiroit par une détermination directe et exacte des espèces qui sy
trouvent comprises.
1.° Sur le trochilus. On n’avoit, jusqu’à moi, encore connu l’oiseau affectionné
du crocodile que par les contes ridicules qu’il a fait imaginer pour satisfaire aux
explications du texte d’Hérodote.
Blanchard, entre autres, dans les Mémoires de l ’Académie des inscriptions, faisant
sans doute allusion à certaines assertions de Scaliger (2 ) , lui attribue des épines
sur le dos et au bout des ailes. J’ai cherché où il auroit, en outre, trouvé des
motifs à une pareille supposition, et je crois avoir démêlé qu’il aura confondu avec
les données de son sujet ce que Strabon rapporte des porcus, poissons qui ont le
dos et les nageoires pectorales (membres correspondant aux ailes) armés de fortes
( 1 ) Histoiredesanimaux, Iiv. IX, eh. 6 , traduction cristam plurnà acuta plicatili, quam surrigit, ut bella
de Camus, tome I.er, page 55). palatimi figat, si claudatur intùs. ( Exerc. ad Card, de
(2 ) Candidam aiunt ( aviculam ) , turdi magnitudine, subt. cap. 196,11.° 5. )
épitreS. ( r). Ces moyens toutt-puissans de défense inspirent aux porcus (2) une confiance
sans bornes qui est partagée par d’autres poissons, les mugiJs , lesquels se
melent avec ceux-la pour etre également respectés. Ce sentiment, chez les premiers,
s’exalte jusqu’à la témérité, puisqu’ils défient le crocodile : aussi dans le Nil
où ces-animaux sont souvent en présence, c’est le crocodile qui fuit devant le’
porcus. Blanchard aura d’autant plus facilement admis que Strabon àvoit fait une
confusion de noms et transporté les habitudes d’un animal à un autre, qu’il rem
controit dans , ce passage tout ce qui lui étoit nécessaire pour concevoir à sa
manière les motifs des relations du,crocodile et du trochilus.
Marmol, qui n étoit pas mieux instruit, bien qu’il eût visité la patrie de ce dernier, se borne à> répéter, avec Scaliger, que c’étoit un oiseau blanc de la grosseur d’une
grive;
La plupart des traducteurs, Du Ryer entre autres, mais le voyageur Belon auparavant,
se fondant sur un passage de Pline (3), l’ont rapporté au roitelet. Cette
erreur a été relevée par le célèbre Larcher, lequel a judicieusement observé que le
roitelet est un oiseau des bois, qui hante les lieux secs et les haies. Larcher, n’ayant
rien pu mettre à la place, a imité les traducteurs Latins, en adoptant et écrivant
dans sa version en français le mot même du texte Grec.
Aldrovande, qui parut avant tous les érudits des temps modernes, avoit le plus
approché de la vérité, quand il conjectura, sur quelques données que sa sagacité
lui fit découvrir dans Aristote et dans Athénée, que le trochilus, signalé par eux
comme un oiseau aquatique, etoit sans doute le coureMte, petite espèce à longues
jambes, palmipède, légère à la course, ayant le bec droit et effilé.
Le trochilus avoit été cependant aperçu dans les temps modernes : le P. Sicard,
l'un des missionnaires envoyés dans le Levant, en prit connoissance; car il
1 indique sous son nom Arabe de saq-saq. Mais ce nom placé dans un catalogue
resa une vague indication, inutile tout aussi bien aux ornithologistes qu’aux
antiquaires., 1
Enfin je me portai dans la haute Égypte ; j’y arrivai avec l’espoir d’atteindre et
de me procurer le trochilus des anciens, ce sujet de conjectures si diverses parmi les
modernes; et je fus assez heureux, en effet, pour apprendre, dans un séjour prolongé
que je fis à Thèbes, qu’il y existoit un petit oiseau, lequel, voltigeant sans
cesse de place en place, s’en va fureter en tout lieu , jusque dans la gueule du
crocodile endormi ou feignant de l’être, attiré qu’il est par des insectes, dont il fait
fi fond de sa nourriture. On aperçoit cet oiseau en tout lieu sur les bords du Nil.
Or, lorsque je parvins à me le procurer, je le reconnus pour une espèce publiée
déjà par Hasselquist sous le nom de charadrius Ægyptius. Nous avons en France
un oiseau très-voisin, s’il n’est le même ; c’est le petit pluvier à collier.
Avec son bec fin il ne peut prendre que de très-menus insectes, du frai de
s i lP Cnl od'Ios vcri Pmcis “ bstincrc, qui, ciim rotimdi scheilan. Ce poisson, de la famille des silures, a la tête
1 1 .’ I caput habea" t ’ pcriculuin ipsis créant. cuirassée et terminée à dos et sur les flancs par des
1 ûtrab. lib. / » p x v i i’. 1ü ae Ro5c- J\ er pi- nes fro rtes et très-rob,ustes.
un c o -h o T ^ abSi n0mmé de 06 ®ÉS gr0gne COmme ( 3 ) P*rva avis quoe trochilus ibi ( in Ægypto ) vocaturg
oyez, ci-après, le travail de mon fils sur le rexavium in Italia. (Plin. Hist, nat. lib. v i l , cap. 25.)