
C H A P I T R E V I I I .
Couchée à Jtquisir. Séjour à ce 'village. P osition de
Memphis. Entrée dans les p u its des oiseaux sacrés.
D escription des momies d 'ib is e t d ’une momie de
M usaraigne. Remarques sur les déserts. Observation
sur le chameau.
P ùnbant que nous observions le Sphinx , quelques-uns. de nos
compagnons de vo ya g e , qui jugeaient fort bien que le khramsi
durerait plusieurs jours, et qui savaient combien il y a du danger
de s’exposer à ses pernicieux effets, prirent le chemin du Caire, en
nous invitant à remettre à une autre fois notre course à la plaine
des Momies. Nous aurions volontiers suivi l ’exemple qu’on nous
donnait, si nous n’avions préféré un danger incertain à la honte
d’ün retour prématuré, si la curiosité d’ailleurs ne Pavait emporté
sur nos souffrances. En effet, quoique le soleil fut déjà fort avancé,
le vent-était encore brûlant, l ’air toujours chargé d’une poussière
désagréable, et nous éprouvions un accablement général, une soif
inextinguible. Nous n’avions point d’appétit, et notre respiration
était gênée. Nous persistâmes néanmoins dans notre première résolution
, et nous montâmes sur nos ânes pour gagner le gîte où
nos guides avaient résolu de nous faire passer la nuit.
En nous dirigeant au sud nous vîmes, à un quart de lïeue du
Sphinx, une marre où nous tuâmes une espèce de pluvier à plumage
blanchâtre, que nous n’avons plus revue. Nous nous arrêtâmes
un instant près d’un puits à rou e , entouré de quelques dattiers
et de quelques napcas, sur lesquels nous tuâmes le beau
guêpier vert à gorge jaune. Nous laissâmes derrière nous deux ou
trois villages presque inhabités, et après une heure et demie de
marche nous traversâmes le village d’Aboukir, situé sur la lisière
du désert. C’est l’ancien Bus iris, où se trouvaient, selon P line, ces
hommes qui escaladaient les pyramides’, quoiqu’elles fussent alors
revêtues de pierres lisses et polies. Nous apperçûmes, en passant,
un sarcophage de pierre, dont l’intérieur était taillé en forme dg
momie : il servait d’abreuvoir.
Au lieu de nous arrêter à ce village qui était à portée des puits
à momies, dans lesquels nous voulions descendre, nous continuâmes
notre route pour A q u is ir , où se trouvait le scheik, arabe, à
qui nous avions des lettres à remettre. Nous marchâmes encore plus
d’une heure à travers des champs cultivés , dans la direction du
sud-sud-est. Nous vîmes beaucoup de lin , dont on avait déjà arraché
une bonne partie. Nous traversâmes une portion considérable
de VAchéron ou de l’ancien canal qui allait du lac Moeris aulne
Maréotis, et nous arrivâmes à Aquisir.
Dès que le scheik eut lu la lettre de Mourad, et qu’il éutappris-
que nous étions disposés à lui faire un présent,- il promit de-faire
ouvrir les puits à momies:, et de nous fournir une escorte suffisante.
« Ils sont dès ce moment mes hôtes:, dit-il & Coquelaure :
« je réponds d’eux sur mai tête ; » et sur le’ champ i l ordonna à: un
de-ses officiers d’aller nous complimenter sur notre’ a rr iv é e , de’
nous loger commodément , et de nous: fournir tout'ce dont noua
aurions besoin. Ces ordres furent donnés for-t à propos; car nos
conducteurs,, moins incommodés’que nous du khramsi, et pressés
de visiter les corbeilles de nos provisions, s’étaient déjà âpperçus
que toutes les viandes étaient corrompues; au point qu’il était im->
possible d’en goûter. L e seh e ik, qui l’apprit, nous: envoya un mouton
fort gras , qui fut dépecé , cuit et mangé dans moins d’une
heure. Il nous envoya aussi du beurre, du lait frais et' du iougonr
ou lait c a illé , aigri. L e lait frais me f i t , dans’ cette occasion, le
plus grand plaisir et le plus grand bien;-et ce fut presque la seule
nourriture dont je pus. faire usage, pendant ce fâcheux khramsi. -
Le scfieik , en nous envoyant le lendemain de nouvelles provisions,
nous fit dire que les puits n’étaient pas encore ouverts, et
qu’ils ue.lè seraient que.le.soir bn nous avait bien promis d’y-travailler
pendant la nu it, afin que nous pussions y entrer à- la point®