
terres qui sont devant cette embouchure se sont
avancées de quinze lieues (i). Le docteur Barrow
estime que le limon que le fleuve Jaune apporte
dans la mer de Pékin, pourrait la combler en
deux cent quarante siècles ; elle a vingt mille
lieues carrées et trente-sept mètres de profondeur
moyenne (2).
Les matières que les fleuves portent^ dans la
mer, et qui s’y déposent à une grande profondeur
et dans des lieux tranquilles , y sont vraisemblablement
pour toujours. Mais il n’en est
pas de meme des sables qui restent près des côtes,
sur un bas fond : tantôt ils sont repris et conduits
par les courants littoraux, qui ne les abandonnent
que dans les ansês et dans les lieux où la mer est
calme ; tantôt les vagues s’en chargent, les portent
, et les abandonnent en partie sur le rivage.
C’est ainsi que se forment les atterrissements ou
alluvions qui, en allongeant certaines plages ,
font recaler la mer, et semblent en faire baisser
le niveau. Tout le monde sait que la Méditerranée
est actuellement à plus d’une lieue (5ooo mètres)
d’Aigues-Mortes en Provence , où Saint-Louis
s’embarqua en 126g. Ravenne , qui, du tems
d’Auguste j s’avançait dans la mer , en est maintenant
à une lieue : et le sort de cette ville , dont
l ’ancienne position était pareille à celle que nous
(1) Volney, la Roche foucault.
(2) Voyage de lord Jdacarlney en Chine, .
a c t io n d e l ’e a u s u r l a s u r f , d u g l o b e . i 5 I
présente Venise , semble annoncer celui qui attend
infailliblement ce tte dernière cité. Des observations
faites sur les côtes de Languedoc , par les
ingénieurs chargés d’y prévenir 1 ensablement des
ports, constatent d’une manière précise l’accroissement
des alluvions sur ces côtes : il change
peu-à-peu les lagunes en marais , et les marais en
terres cultivables : une redoute faite à l’embouchure
de l’Hérault, en 1609 , était, en i 783 , à
200 mètres du rivage , ce qui donne un accroissement
moyen de 1,9 mètre par an ; une batterie
élevée , en i 74(3 , à 3o mètres de la mer , en était
à 118 mètres , trente-sept ans après ; et par conséquent
, l’accroissement était de 2,1 mètres (1).
Les bords de l’Océan présentent des faits analogues
: M. Fleuriau de Bellevue m’a assuré qu’il
se déposait annuellement, sur une partie du golfe
qui est au nord de la Rochelle , une bande de terrain
d’allüvion ayant jusqu’à 40 mètres de large.
TJ^ous parlerons, dans la seconde paùtie de cet ouvrage
, des atterrissements si remarquables qui
ont lieu sur les côtes de la Hollande et de la basse
Allemagne.
Il faut observer que lès faits que nous venons de
rapporter ne sont que locaux, et que sur plusieurs
plages, les mers, au lieu d’y produire de nouvelles
alluvions , semblent, au contraire , y détruire
celles qui y étaient déjà. ____
(1) Mercadier, Sur les ensablements du port de Cette.