
0 8 CHAPITRE IV.
ont formées. Si ce sol est de granité, par exemple , le feldspath,
en se décomposant, se réduira en une terre que les eaux transporteront
à une grande distance, sous forme de troubles CO, et
qu’elles déposeront dans les lieux où la vitesse sera entièrement
ralentie, où sera même nulle, comme dans une plaine couverte
par l’inondation; le sédiment y formera une couche A'argile
plus ou moins épaisse : le quartz, résistant à la décomposition,
sera roulé par le courant ; ses grains frottés contre le lit et les
uns contre les autres, s’arrondiront, diminueront de volume, et
seront portés et déposés d’autant plus loin qu’ ils seront plus
petits; ce qui formera une suite de graviers et de sables de plus en
plus fins et qui finiront par se mêler avec les argiles : les lames
de mica se briseront et produiront ces petites paillettes et ces
points micacés que l’on trouve dans les sables et les glaises. Si
le sol q u i a fourni les atterrissements était de schiste, les sédiments
seraient plus limoneux que sablonneux ; et s’il contenait beaucoup
de calcaire, les détritus de cette substance, se mêlant avec ceux
des autres roches, donneraient lieu à la formation de marnes, etc.
Les eaux étant revenues à diverses reprises
sur le même terrain, et ne charriant pas toujours
les mêmes substances, ont souvent entassé les
uns sur les autres des sédiments différents ; de là
cette alternative de bancs de galets, d argiles, de
sables , etc., que Ton trouve dans plusieurs terrains
formés par les atterrissements des fleuves.
Le sol de l’Egypte présente des couches ou veines
de sable , au milieu du limon dépose par le Nil.
De plus . lorsque les eaux reviennent sur un de
leurs précédents dépôts, et qu’elles sont ani-
(i) C’est ainsi que l’on nomme les matières terreuses suspendues
dans les eaux courantes et qui en altèrent la transparence.
ACTION DE l ’ f.AC SDK LA SURE. DU GLOBE. l 4 ÿ
mées d’une certaine vitesse , il leur arrive d’en
reprendre une partie ; et comme les particules
les plus ténues sont celles dont elles s’emparent
le plus aisément, elles n ’ y laissent quelquefois
qu’un fond de sable.
§ 5 i . Les fleuves charrient, jusque dans la mer,
une partie des sables et des terres dont ils se sont
chargés en traversant les continents. Arrivés au
grand réservoir , leur vitesse se ralentit graduellement
, et finit bientôt par s’anéantir ; dès qu’elle
diminue , les sables les plus gros se déposent
principalement sur les bords du courant où le
mouvement est moindre , et les parties les plus
ténues sont emportées plus avant dans le fond de
la mer.
Les atterrissements qui se forment ainsi, à
l’embouchure des fleuves, des deux cotes du courant,
sont quelquefois très-considerables. L Elbe,
le Rhône , le Danube , le Pô , etc. , présentent
des exemples frappants de ces formations : la
marche moyenne des atterrissements qui’se forment
aux bouches de ce dernier fleuve, est d environ
70 mètres par an , depuis deux siècles (1).
Le N i l, l’Orénoque , et les autres grands fleuves
d’Amérique, présentent des faits semblables. On
a vu de grandes îles se former à l ’embouchure
du Mississipi, e t , depuis moins de cent ans , les
Eaux
stagnantes.
(1) Prony, Système hydraulique de VItalie.