
L’on avait cru, jusqu’à ces derniers tems, que
la salure de la mer était plus considérable dans
les régions chaudes , et par suite qu’elle augmentait
à mesure qu'on s’approchait de l ’équateur ;
mais des observations faites avec soin par M. de
Humbolt et par d’autres savants, ont prouvé
qu elle était à très-peu-près la même dans tous les
parages où des circonstances absolument locales
n avaient pas donné lieu à quelque anomalie.
M. Gay-Lussac, essayant de l’eau de l’Océan atlantique
prise en pleine mer, à-peu-près à toutes les
latitudes , depuis le tropique du capricorne jusque
dans nos latitudes, n’a vu la quantité de substances
salines varier que de 3,4 à 3,8 pour cent.
Au 80e degré de latitude nord, près et sous les
glaces , Irwing a également trouvé 3,3 et 3,5.
Marsigli, Bergmann, Wilke, etc., d’après quelques
données, pensaient encore que la salure
augmentait dans la mer à mesure qu’on s’y enfonçait
; mais les observations ultérieures n ont pas
confirmé cette opinion, et Irwing n’a pas trouvé
l ’eau de la mer plus salée à i25o mètres de profondeur
qu’à la surface (1).
T. ouïe cause qui porte de l’eau douce dans un
parage y diminue la salure , de là vient quelle
est souvent moins considérable à l’embouchure
des grands fleuves. L’eau de la mer est, dit-on ,
(j) Vojrage du capitaine Phipps au pôle boréal en 1773.
DE L ’EAU SUR LE GLOBE TERRESTRE. 4 ^
potable à quelques lieues de distance des bouches
de la Plata : peut-être est-ce une cause de ce
genre qui n’a donné à Murray que 3, i pour la
quantité de sels contenus dans les eaux du golfe
de Leith ? Les grandes pluies diminuent encore
la salure ; des expériences faites sur les côtes
du Cumberland n’ont indiqué que 2 pour cent de
muriate de soude après une saison pluvieuse ,
tandis qu’on a habituellement 2,8 ( Bergmann ).
La fonte des glaces produit encore quelquefois
un effet analogue. On sait que l’eau de la mer ,
en se congelant, repousse en quelque sorte le sel
qu’elle contient ; et par conséquent la résolution
en eau d’une grande quantité de glaces ne peut
qu’affaiblir la salure dans le lieu où elle s’opère,
tout comme leur formation ne peut que l ’augmenter.
Aux salines de Walloë en ÎHorwége , on
a obtenu jusqu’à 4,2 de muriate de soude, à la
fin de la saison des gelées , tandis qu’en autre
tems on n’obtient que moitié de cette quantité.
Au reste , les mouvements dont l’eau de la mer
est agitée , les courants et les tourmentes mélangeant
continuellement les eaux des diverses
latitudes et même des diverses profondeurs, ne
peuvent que rétablir bientôt l’uniformité dans la
salure , lorsque quelque cause accidentelle vient
à la troubler.
Les parties bitumineuses qui peuvent exister
dans la mer n’y sont qu’en quantité insensible ;