
Gendres.
vent encore elle est acide ; ordinairement c’est
de l’acide sulfureux , mais fréquemment aussi,
et sur-tout au Yésuve, c’est de l’acide muriatique.
Quelquefois la fumée des volcans est noire et fuligineuse
: MM. de Humboldt, de Buch et Gay-Lus-
sac, étant sur les bords du cratère du Yésuve, en
i 8o5 , furent frappés de l’odeur asphaltique des
bouffées de fumée qui les enveloppaient de tems
à autre (1); mais communément elle est blanchâtre
et contient une très-grande quantité de
cendres volcaniques.
§ 57. Ces cendres, qui ne paraissent être que la
substance même des laves réduite à son terme extrême
de division mécanique, sont formées de
particules pulvérulentes de couleur grise, d’une
finesse extraordinaire, et faisant pâte avec l’eau;
elles sont toujours mêlées d’une plus ou moins
grande quantité de sable , ce qui leur donne la
couleur noirâtre qu’elles présentent quelquefois.
Les torrents de gaz et de vapeur qui sortent
clés cratères, les entraînent avec eux, les portent
dans l’atmosphère, où elles forment d’immenses
nuages , quelquefois assez épais pour dérober
aux contrées voisines la lumière du jour. Dans
l ’éruption de l’Hécla , en 1766, de pareils nuages
produisirent une telle obscurité , qu’à Glaum-
b a , distant de plus de cinquante lieues de la
montagne , on ne pouvait se conduire qu a ta^
tons (1) Lors de l’éruption du Yésuve, en 1794»
à Caserte, et par conséquent à quatre lieues, on
ne pouvait marcher qu’a la lueur des flambeaux
(2). Le i cr mai 1812, un nuage de cendres
et de sables volcaniques, venant d’un volcan de
l ’île Saint-Yincent, couvrit toute la Barbade, et
y répandit une obscurité si profonde qu’à midi,
en plein air, on ne pouvait apercevoir les arbres
et autres objets près desquels on était, pas même
un mouchoir blanc placé à six pouces des yeux (3).
La distance à laquelle les matières qui forment
ces sortes de nuages est portée par les vents et les
courants de l’atmosphère est vraiment extraordinaire
: il y a plus de vingt lieues de Saint-Yincent
à la Barbade ; il y en a cinquante de l’Hécla à
Glaumba. Procope rapporte qu’en 4?2 les cen"
dres du Yésuve furent portées jusqu’à Constantinople
, c’est-à-dire à deux cent cinquante lieues ;
mais ce qui est plus positif, c’est qu’en 1794 elles
enveloppèrent de nuages épais le fond de la Calabre
, situé à cinquante lieues de distance : un
grand nombre de relations portent à plus de cent
lieues celles qui sont lancées par des volcans de
l ’Asie et de l ’Amérique.
Ces pluies produisent, dans les pays où elles
(1) Olafien’s , Beise durch Island.
(2) Breislak, Voyages dans la Campanie.
(3) Annales de physique et de chimie, octobre 181S.