
est rentrée dans les foyers volcaniques, et le
danger d’approcher des cratères lorsqu’elle s’y
élève au milieu des tourmentes , rendent extrêmement
rares, et par conséquent extrêmement
précieuses le peu d’observations faites sur leur
matière en fusion , lorsqu’elle est encore dans
l ’intérieur de la montagne. Je cite quelques-unes
de ces observations.
Dans l ’éruption du Vésuve de 1703, on vit dans
la partie inférieure du cratère une matière liquide
et incandescente , entièrement semblable à celle
d’un métal fondu dans nos fourneaux : elle bouillonnait
continuellement et avec violence , et présentait
l’aspect d’un lac médiocrement agité. De
moment en moment, il s’élançait, du milieu, de
gros jets de cette même matière , qui s’élevaient
jusqu’à trente ou quarante pieds, s’y épanouissaient
et retombaient sous différents arcs.
Spallanzani étant monté, en 1788, à la cime de
l ’Etna , dans un moment ou le volcan était entièrement
tranquille , put entrer dans le cratère :
au fond, il vit une ouverture d’une trentaine
de pieds, d’où il s’élevait perpendiculairement
une colonne de fumée très-blanche , qui pouvait
avoir une vingtaine de pieds de diamètre
dans sa partie inférieure. S’étant approché du
bord , dans le tems où la colonne était poussée
par le vent dans un sens opposé , il aperçut, au
fond de l’ouverture, une matière liquide, embrasée,
qui avait un mouvement d’ébullition
très-léger ; on la voyait descendre et monter
presque jusqu’au point le plus bas du cratère :
c’était de la lave. Les pierres qu’on y jetait faisaient
entendre un bruit pareil à celui qu’elles
auraient produit si elles étaient tombées sur une
pâte.
Le même observateur, se trouvant sur le sommet
de Stromboli, fut assez heureux pour y bien
voir les mouvements de la lave qui remplissait
alors le cratère. Elle ressemblait à du bronze
fondu ; elle s’abaissait et s’élevait par des oscillations
continuelles, dont les plus grandes n’étaient
pas de vingt pieds. Lorsqu’elle arrivait à vingt-cinq
ou trente pieds-des bords supérieurs du cratère, sa
surface se gonflait; il s’y formait de grosses bulles
qui avaient souvent quelques pieds de diamètre ,
et qui, en éclatant, faisaient un bruit assez semblable
à celui d’un coup de tonnerre qui ne se répéterait
pas. Au moment de l’explosion , une
masse de lave, divisée en mille morceaux, s’élan-
çâit avec une vitesse inexprimable , en jetant
beaucoup de fumée et d’étincelles. De suite après,
la lave baissait, puis elle remontait, et produisait
une nouvelle explosion et un nouveau jet , ainsi
continuellement. Elle descendait en silence ; mais
lorsqu’elle remontait et qu’elle commençait à se
tumélier , elle faisait entendre un bruissement
pareil à celui d’un liquide qui s’extravase par