
M. do Buch : le Mexique présente encore un bien
plus grand exemple de ces larges faîtes : les Cor-
dilières qui le traversent, ou plutôt qui constituent
la majeure partie du sol, montrent, entre
deux versants assez abruptes, un énorme plateau,
dont la hauteur , aux environs de Mexico , est de
2800 mètres, et dont la largeur offre d immenses
plaines, à peine interrompues par quelques arêtes
saillantes, et ayant jusqu’à cinquante lieues : il se
prolonge vers le nord, à une distance de cent
cinquante lieues, en se tenant toujours au-dessus
de 1700 mètres. M. de Humbolt donne le nom
de dos à ces faîtes élargis.
Au reste , même sur ces grands plateaux, il
existe toujours une ligne de partage des eaux ; et
c’est elle qui représentera , dans tous les cas , le
faîte géométrique, s’il m’est permis de m’exprimer
ainsi.
Dans les chaînes régulières , telles que les Pyrénées
, les Yosges , le faîte se continue assez directement
d’une extrémité à l’autre , en présentant
toutefois quelques légères sinuosités et même
quelques petits crochets. Mais ailleurs , on le
voit changer totalement de direction : c’est ainsi
que dans les grandes Alpes, après avoir cheminé
à-peu-près vers l’ouest-sud-ouest, depuis le
St.-Gothard jusqu’au delà du Mont-Blanc, il tourne
brusquement vers le sud, et se maintient dans
cette nouvelle direction jusqu’à la Médi terranée.
Lorsqu’une chaîne est isolée dans une contrée
plane , ou entre deux mers , la plus grande hauteur
du faîte est habituellement vers son milieu ;
et elle diminue de part et d’autre en allant vers les
extrémités , quoique d’une manière fort irrégulière
et fort inégale. Mais lorsque la chaîne fait
partie d’un système de montagnes, telles sont, par
exemple , le Jura et les Cevennes qui font partie
du système des Alpes , quoiqu’elles n’y tiennent
pas immédiatement, alors le faîte est à sa plus
grande élévation vers l’extrémité voisine du centre
du système, et il baisse graduellementvers l’autre
extrémité. Les deux chaînes citées en fournissent
un exemple. Ce fa it , remarqué depuis long-tems
par Tilas (1) , est la suite d’un principe posé par
M. Andreossy, et dont nous parlerons bientôt.
Dans ses diverses inflexions , le faîte baisse
quelquefois considérablement : c’est ainsi que le
faîte si élevé des Andes n’a plus , dans l ’isthme
de Panama , que 5 à 600 mètres au-dessus de
l ’Océan. Mais dans une même chaîne , il ne peut
descendre jusqu’au niveau de son pied ; la chaîne
serait coupée , et l’on en aurait deux. L’étroite
coupure par laquelle l ’Elbe sort des montagnes
de la Bohême, fournit un exemple de ce genre ;
à gauche , se trouve l ’Erzgebürge, qui sépare
la Bohême de la Saxe ; et à droite est la chaîne
( [ ) Mèmoit'es de tA ca d , de Stockholm , 1760.