
court, puisqu’il ne remonte pas jusqu’à l'époque
où nos volcans ont paru. La conséquence serait
à-peu-près la même lorsque l ’origine du courant
basaltique eut été pris ailleurs que sur la chaîne.
La considération des montagnes isolées offre souvent au
géologue bien des sujets de méditation sur les révolutions
que la surface de notre globe a éprouvées , et sur l’abaissement
considérable des terrains. Arrêtons ün instant notre attention
sur le Mont—Meisner, situé dans la Hesse , à six lieues au
sud-est de Cassel. 11 s’élève, comme un colosse, au-dessus des
montagnes environnantes, dont il est d’ailleurs entièrement
séparé. Sa sommité présente une plaine, ayant deux lieues de
long sur une de large , située à plus de six cents mètres
au-dessus de la rivière qui coule au bas, et à environ sept
cents mètres au-dessus de la mer. Le corps de la montagne ,
ainsi que le terrain environnant, consiste en calcaire coquillier
et en grès : au-dessus et sur une assise de sable, on a une
couche de bois fossile , ayant jusqu’à trente mètres d’épaisseur
en quelques points ; elle est recouverte par une énorme coulée
de basalte de cent à cent cinquante mètres de hauteur, laquelle
constitue le plateau supérieur. L’observateur, après avoir étudié
la composition de cette montagne , et jeté les yeux sur les
contrées voisines, ne pourra se dispenser de dire : L’énorme tas
de bois qui repose sur cette cime y a été certainement charrié ;
tous ces arbres n’ont pas crû sur le lieu même ; les eaux qui
les ont amenés venaient de plus haut, et le sol sur lequel
elles les ont déposés était ainsi un bas-fonds : le courant basaltique
qui les a recouverts sortait d’un cratère placé à un
niveau encore supérieur. La haute contrée d’où ils sont venus ,
et d’où la lave est sortie, n’existe plus ; la montagne domine
aujourd’hui tout le pays d’alentour, à quinze lieues à la ronde ;
et au delà , dans toute la basse Allemagne , il n’y a au-dessus
d’elle qu’un petit nombre de cimes isolées. Tout le terrain
contigu qui lui était supérieur, a donc disparu ; il a été détruit
et emporté , et. il ne peut l’avoir été par une cause violente
et momentanée ; la main seule du tems , à l’aide des éléments
atmosphériques, a pu tailler ainsi la montagne dans tout
son pourtour, en faire une masse isolée et dégagée de tous côtés.
Les nombreux blocs de roche qu on Irouve assez
souvent dans certains terrains, notamment
dans ceux de granité, et que tout indique être
encore dans le lieu où ils ont été produits , ou du
moins à une bien petite distance , sei ont aussi
un effet manifeste , et, par suite", une preuve de
l'abaissement du sol. Par exemple , dans les environs
de Huelgoat, en Bretagne, on voit des
espaces plats recouverts de grosses boules ou
masses sphéroïdales de granité de deux a trois
métrés d’épaisseur : les circonstances locales , et
la connaissance des effets de la décomposition
sur les roches, ne m’ont pas permis de douter
que ces boules et masses ne fussent les restes et
comme les par ties les plus dures de la masse granitique
qui avait autrefois existé dans ce lieu. Tous
les géologistes ont observé des faits semblables.
Plusieurs naturalistes regardent encore , sinon comme une
preuve ,’du moins comme une suite de la destruction des anciens
terrains , la position vraiment surprenante des blocs que
l’on trouve quelquefois sur un sol auquel ils sont absolument
étrangers, et où ils ont été évidemment transportes. C est ainsi
que dans les montagnes secondaires du Jura , sur le versant qui
regarde les Alpes , lorsqu’une autre montagne n est point interposée
, on trouve , à une hauteur plus ou moins considérable ,et