
pieds d’épaisseur, très-forte, très-tenace , liée en
outre par les racines des arbres qu’elle porte ; les
eaux y ont creusé un grand nombre de gorges, qui
ont souvent jusqu’à deux cents mètres de profondeur,
et dont les parois sont escarpées et presque
verticales : l’autre partie, qui entoure la plaine ,
est montagneuse et granitique. A la première secousse,
en moins de trois minutes, toute la plaine
fut bouleversée; presque toutes ses villes et villages
furent ruinés de fond en comble , et plus de vingt
mille individus ensevelis sous des ruines : son effet
fut de tasser le sable ; il coula à la manière des
laves , dit Dolomieu; il se répandit dans les vallées
, il les remplit ; il se fit des talus | par-tout
où il y avait des escarpements : la couche de terre
végétale , qui se trouvait sans soutien, principalement
près des escarpements,et qui faisait corps,
s’affaissa , se renversa, glissa jusqu’à des distances
considérables , et produisit tous les singuliers et
tristes effets décrits par M. Fleuriau de Belle-
vue (i). « Pendant que la plaine était dévouée à
» une destruction totale, ajoute Dolomieu, les
» lieux circonvoisins , bâtis sur des hauteurs , et
« établis sur des bases solides, échappèrent à une
« pareille destruction et souffrirent peu. L’explo-
» sion du 28 mars fut la plus forte , elle souleva
» et ébranla le corps même des montagnes ; ce-
(t) Journal de physique, tom. 62.
» pendant les édifices et même les masures y sont
» la plupart sur pied. La différence des effets ne
» peut avoir pour cause que la nature du terrain.
« Dans la plaine , le sol a manqué : dans lesmon-
» tagnes au contraire , quoique l ’agitation des sur-
» faces fût considérable, elle était moins destruc-
» tive : le sol, après chaque oscillation, reprenait
» sa position , et les édifices conservaient leur
» aplomb. » En définitive , je dirai que si ce terrible
tremblement de terre n’a pas laisse pierre
sur pierre dans les édifices que l’homme avait élevés
sur le sable, il n’a pas dérangé une seule pierre
dans l’édifice de la nature, dans les couches minérales
; ou du moins on n’en cite aucun exemple.
Que l ’historien, témoin d’une de ces terribles
catastrophes , tout ému du danger auquel il vient
d’échapper, déplorant des pertes cruelles , rembrunisse
et charge ses tableaux ; qu’il voie et qu’il
représente la nature entière dans un bouleversement
total ; on doit s’y attendre : mais s i , sans
prendre ses expressions à la lettre , le géologiste
ne tient compte que des faits qui lui sont rapportés
et prouvés, il ne verra guère dans les tremblements
de terre que de simples ébranlements , de
simples trépidations du sol : les masses minérales
se présenteront à lui dans le même ordre, et avec
la même solidité qu’auparavant : quelques fentes,
quelques affaissements seront les seuls effets géologiques
qui en résulteront.