
Lenteur du
refroidissement.
le courant est réellement recouvert d’une croûte
de matière plus ou moins épaissie et plus ou
moins figée : à travers ses crevasses , on voit couler
dessous la lave fluide et incandescente, et elle
sort en jets si on perce la croûte.
Cette qualité pâteuse des laves fait que leurs
courants conservent souvent sur leurs bords une
grande épaisseur ; il n’est pas rare qu’elle soit de
huit et dix mètres ; elle était de trente sur quelques
parties du grand courant qui ravagea une
partie de l’Islande en 1783.
§ 66. La lenteur avec laquelle les laves se refroidissent
n’est pas moins remarquable que celle
avec laquelle elles se meuvent. Si leur surface
perd bientôt sa fluidité et sa haute température ,
il n’en est pas de même de leur intérieur : la
chaleur s’y concentre et s’y conserve pendant des
années entières. On cite des courants qui coulaient
encore dix ans après leur sortie du cratère ; des
laves fumaient encore sur l’Etna vingt-six ans
après l’éruption. En traversant, sur cette montagne
, une lave qui ne coulait plus depuis onze
mois , Spallanzani v i t , à travers les gerçures de
sa surface , qu’elle était encore rouge ; et un bâton
qu’il y enfonça prit feu. Des morceaux de
bois jetés , par Hamilton , dans les fentes d’une
lave du Vésuve , sortie depuis trois ans et demi
et éloignée de deux lieues du cratère | s’enflammèrent
de suite.
S 67. Quelques naturalistes , frappés du peu de Chaleur
o * r 1 laves
chaleur que les courants de lave repanden t autour
d’eux, et ayant trouvé, dans leur masse, des
substances que le feu de nos foyers détruit ou dénature
promptement, et qui y étaient presque intactes,
ont révoqué en doute leur grande chaleur.
Ils ont même cru qu’elles renfermaient quelque
principe de fluidité autre que le calorique : tel
serait le soufre, dans l ’opinion de Dolomieu.
Mais nous avons déjà remarqué que c’est la
croûte dont se revêtent bientôt les courants de
lave , qui en intercepte la chaleur : car, au sortir
du cratère , lorsque leur surface est nette et incandescente
| elle répand tout à l’entour une chaleur
très-considérable , et qui ne permet pas d’en
approcher, sur-tout lorsqu’on est sous le vent.
Cette prompte interception de la chaleur, par une
écorce figée , n’a rien d’extraordinaire ; elle se
voit tous les jours dans nos fonderies de plomb et
de cuivre : bientôt après que la matière fondue
est passée du fourneau dans le bassin de réception
, elle s’y couvre d’une croûte de quelques
lignes d’épaisseur, qui arrête la chaleur au point
que l’on passe à côté sans s’apercevoir qu’on est
près d’un bassin rempli de pierres, de soufre et
de métal fondus : mais à l’instant où l’on enlève
cette croûte , la matière qui est au-dessous présente
une surface ardente dont la chaleur oblige
de s’éloigner à une distance considérable.