
d’un effet rendu sensible depuis une époque peu
éloignée. Schaw a observé, sur les côtes de la
Syrie , des auges de trois aunes , entaillées dans
le rocher et destinées à la confection du sel :
malgré la dureté de la pierre, dit ce voyageur,
elles sont aujourd’hui presque entièrement usées
et aplanies par le battement continuel des vagues
(1). L'Histoire de Vacadémie (1707) cite une
falaise de pierre tendre , corrodée jusqu’à une
distance de seize pieds en trente ans. Bergmann
parle de plusieurs cavernes creusées par les flots,
et dont les savants suédois ont constaté l’accroissement
(2). Les fragments , les quartiers de rochers
qui tombent dans la mer, poussés par les
vagues contre la côte , font encore partie de la
puissante artillerie , dit Playfair, à l’aide de laquelle
l’Océan bat en ruine la terre- ferme. Ces
fragments, roulés ainsi par les eaux, se brisent,
s’usent et finissent par se réduire en sable et en
terre. « J’ai vu dans la mer de Sicile, dit Saus-
» sure, de grands blocs de lave dure (basalte) et
» anguleuse , parfaitement arrondis par le choc
» des vagues, et réduits en peu d’années à la
» moitié de leur volume....... En deux ans, de
» grosses masses qu’on avait fait sauter à la pou-
» dre étaient toutes arrondies comme si on les
» eût taillées au ciseau. »
(1) Schaw, Voyages, etc., tom. II.
(a) Géographie physique, § ijo.
ACTION DE L ’EAU SUR LA SURF. DU GLOBE. l 3 y
La mer exerce aussi quelquefois de terribles effets
sur les régions basses, exposées à son action. La
Hollande en fournit de tristes exemples. En 1225,
l ’Océan, soulevé par une grande tempête, inonda
le pays ; le Rhin , gonfle par des pluies extraordinaires
et retenu a une grande hauteur, tant par
les eaux de la mer que par les vents , se répandit
sur les terres voisines ; mais le calme étant ensuite
survenu tout-à-coup , les eaux se retirèrent
avec une telle rapidité et une telle force qu elles
entraînèrent une portion considérable du so l, et
laissèrent en place la mer du Zuyderz,ée. En i 421
une inondation submergea également la partie
méridionale du comté de Hollande, noya plus
de cent mille habitants, couvrit une centaine de
villages , e t , en se retirant, elle forma , près de
Dordrecht, le bras de mer connu sous le nom
de Bies-Boos.
Les'preuves des effets destructeurs des mers
sur leur fond ne sont pas aussi positives. Les
mouvements irréguliers de 1 Océan , meme dans
les plus fortes tourmentes , ne paraissent pas se
faire ressentir au-delà de quelques mètres de
profondeur : ils sont ainsi bien loin d atteindre
les grands fonds. Mais en est - il de meme des
courants, pour ainsi dire eternels, et qui tiennent
à des causes générales et permanentes : tel est le
grand courant équinoxial ? Ce n’est pas vraisemblable.
Les navigateurs ont remarqué que dans