
de faire l’examen d’une pierre qu’on assurait être tombée près
du Mans , et avoir été ramassée encore toute chaude ,. immédiatement
après sa chute, ne voulut voir en elle qu’un grès py-
riteux, qui avait été frappé par la foudre : les vrais physiciens 7
disait-il, ont toujours regardé comme fort douteuse 1 existence
de ces pierres prétendues tombées du ciel. Cependant, en 1796,
il en tomba une grande quantité à Bénarès dans lln d e ; des
échantillons furent envoyés à Londres ; ils furent examinés
soigneusement, sous leurs rapports minéralogiques et chimiques,
par MM. de Bournon et Howard: ces savants rassemblèrent plusieurs
autres météorites, et frappés de 1 identité de leurs caractères
et de leur composition, ils invitèrent les physiciens a
porter leur attention sur ces corps et à rechercher si effectivement
ils n’auraient pas une origine météorique. Quelques années
après, M. Vauquelin, s’étant procuré quelques fragments
de ces pierres , y ayant trouvé les mêmes principes que M. Howard,
et ayant examiné les documents qui constataient leur
chute , se prononça formellement sur leur origine , en plein
Institut: Ce sont, disait - i l , des masses tombées de latino-
sphère sur la surface de la terre; il en est tombé en France, en
Angleterre , dans les Indes, e tc ., et toutes se ressemblent par
leurs caractères physiques et par leur composition chimique.
J ’étais présent à la lecture de ce mémoire, e t , malgré les preuves
et les faits rapportés, la majorité des auditeurs doutait encore.
Quelques naturalistes vinrent à cette époque entretenir 1 Institut
de ces chutes de pierres: quelques mathématiciens cherchèrent
à montrer comment ces corps, très^probablement étrangers
à notre planète, pouvaient parvenir à sa surface; e t , au milieu
des discussions et des doutes qui s’élevaient à ce sujet (en
i 8o3 ) , on reçut la nouvelle qu’à trente lieues de Paris même,
près de l’Aigle en Normandie , il venait de tomber une très-
grande quantité de météorites. Un commissaire fut envoyé sur
les lieux ; il constata le fait de la manière la plus authentique,
et il le circonstancia d’une manière si précise , que 1 incrédulité
se vit forcée dans son dernier retranchement.
La chute des météorites est donc un fait incontestable : nous
allons faire connaître les phénomènes qui 1 accompagnent, exposer
les caractères de ces pierres , et indiquer les principales
opinions émises sur leur origine. Envoyé moi-meme, avec
MM. de Saget, Carney et Marqué-Victor, en 1812, aux environs
de Grenade, à sept lieues au nord-nord-ouest de Toulouse
, pour y constater une pareille chute , je ferai fréquemment
usage des documents que nous avons recueillis sur les
lieux.
Les météorites arrivent, dans notre atmosphère, sous forme
d’une masse, ou bolide, d’un volume en général peu considérable
; il s’enflamme brusquement, et paraît alors comme un
globe lumineux qui se meut avec une extrême rapidité, et dont
la grandeur apparente est souvent comparée à celle de la lune ;
tantôt elle est plus petite, tantôt elle va jusqu’ à deux et trois
pieds. Dans son mouvement, il lance souvent comme des étincelles,
et laisse derrière lui une queue brillante qui parait etre
de la flamme retenue en arrière par la résistance de 1 air. La très-
vive clarté qu’il répand se soutient pendant quelques instants,
et même pendant une ou deux minutes : en disparaissant, elle
laisse habituellement un petit nuage blanchâtre qui ressemble
à de la fumée , et qui se dissipe au bout de quelque tems. Après
l’extinction de la lumière, on entend une ou plusieurs fortes
détonations pareilles à celles d’un canon de gros calibre ; elles
sont suivies d’un roulement très-fort, semblable à celui de plusieurs
tambours, ou de plusieurs voitures roulant sur un pavé ;
il se prolonge pendant quelques minutes , et suit la direction
qu’avait le bolide. Là où il passe , et immédiatement après
son passage, on entend dans l’air des sifflements et un bruit
occasionés par la chute de pierres qui tombent avec rapidité, et
qui frappent avec force la terre, dans laquelle elles s enfoncent