
1ÛO2 CHAPITRE IV.
et les élargissent : de sorte qu’au bout d’un tems
plus ou moins considérable , les lacs baissent de
niveau et finissent même par se dessécher entièrement.
De là cette multitude de bassins que
nous voyons sur la partie sèche du globe (§ 3o) ,
qui sont entourés de collines plus ou moins élevées
, et qui nous présentent encore , de la manière
la moins équivoque , et plus ou moins bien
conservée, l’échancrure par laquelle se sont écoulées
les eaux qui les ont autrefois remplis. Peu de
faits sont aussi bien constatés en géographie physique
que l’ancienne existence de ces lacs desséchés
, et que la rupture de leurs digues.
Saussure, en examinant les rochers qui bordent
le passage de l ’Ecluse, a cru y voir des indices de
leur érosion par les eaux du Rhône , à plusieurs
pieds au-dessus du niveau actuel de ce fleuve (§213).
Les étroites coupures faites au milieu des montagnes
du pays de Cologne et de la Saxe , et par
lesquelles le Rhin et l’Elbe sortent, le premier du
bassin de l ’Alsace, du Palatinat, etc., et le second
du bassin de la Bohême, sont évidemment des
échancrures par lesquelles ces bassins se sont
vidés. Un naturaliste (M. Lippy) qui a observé les
Portes de fer , par lesquelles le Danube sort du
Bannat pour déboucher dans les plaines de la
Valachie , m’a dit avoir été frappé de la correspondance
des couches de part et d’autre du
passage : tout lui indiquait l ’ancienne jonction
ACTION DE l ’e a u SUR LA SURF. DU GLOBE. r33
des deux chaînes aujourd’hui séparées par ces
portes, et lui attestait que les eaux les avaient
ouvertes. Le Potomack, rivière des Etats-Unis
d’Amérique, traverse la chaîne des Montagnes-
Bleues, dans une coupure profonde , au fond
de laquelle on voit d’énormes rochers,- monuments
de la guerre entre les fleuves et les montagnes,
dit le président Jefferson (1). Les Alpes,
les Pyrénées, et toutes les montagnes présentent
une multitude de faits pareils : il serait superflu
d’accumuler les citations.
Nous n’invoquerons pas les témoignages de
l’histoire sur l’existence des anciens lacs et sur
l ’érosion des digues, malgré leur grand nombre;
c’est ainsi qu’on nous dit que la Thessalie était
autrefois le fond d’un grand bassin , et que la
vallée de Tempé s’étant ouverte , les eaux s’écoulèrent
par cette issue et se rendirent à la mer (2).
Nous pouvons nous faire une idée de la maniéré
dont plusieurs lacs ont disparu et ont été desséchés,
en observant le phénomène des cataractes du
Niagara , rapporté au paragraphe, précédent. Ces
cataractes ont reculé de sept milles; si elles reculent
encore de dix-huit, le lac Erié se trouvera
abaissé au niveau du lac Ontario, et il disparaîtra
peut-être en se transformant en un bassin dont
(1) Malte-Brun , Géographie, tom. XIV , pag. 387.
(2) Idem, ibid. , tom. X , p> xliu.