
Des eaux
sous forme
«le courant.
Action
de l’eau courante
sur les
rochers.
§ 42- 1*68 rivières , les ruisseaux , et en un mot
toutes les eaux couranies , exercent une action
continuelle sur le lit et sur les rives qui les contiennent
; elles tendent continuellement à en corroder
et à entraîner la partie qui est en contact
avec elles : elles le font avec d’autant plus de facilité
que leur masse et leur vitesse sont plus considérables
, et que les parois et le fond de leur lit
sont susceptibles de moins de résistance.
Lorsqu une riviere coule dans le roc , son action
, pour être moins sensible dans un court
espace de tems , n’en est pas moins réelle. Quel
est l’observateur qui, en suivant le cours d’une
riviere ou meme d’un simple ruisseau resserré
entre des rochers , n’a pas vu , en quelques endroits
, la partie du roc la plus fréquemment
exposée au choc de l ’eau, être corrodée , arrondie
et comme minée ? J’ai observé au milieu du
lit du Rhin, à la fameuse cataracte de Schaffouse,
deux rochers isolés qui s’élèvent sur le bord du
précipice que l’eau va franchir ; le courant, resserré
entre eux, en corrode le bas, qui est ainsi
beaucoup plus mince que le haut, et dans peu ,
ils finiront par s’écrouler. Le changement de lit
de quelques rivières , la perte de quelques autres
dans des excavations souterraines , sont des effets
de la même cause ; ces excavations s’approfondissent
de jour en jour , dit Saussure (§ 409) en
parlant de la perte du Rhône. L’action des courants
sur les rochers va même jusqu’à percer des
digues de roc qui barraient leur chemin, et qui
semblaient devoir mettre un obstacle éternel au
cours qu’elles ont aujourd’hui. On a un exemple
de ce fait sur le Tarn , à deux lieues au-dessus
d’A lb i, au Saut du Sabot : le fleuve y semble
comme barré par une masse de schiste micacé
très-quartzeux, qui s'élève au-dessusduniveau des
eaux ; au milieu , le Tarn s’est creusé un passage
pareil à une fente de plus de deux cents mètres de
longueur, dix-huit de profondeur jusqu’au niveau
de l’eau, et de six à sept de large à ce même
niveau : ses parois sont taillées presque à pic;
elles portent, notamment dans leur partie inférieure
, des signes non équivoques de l ’érosion
des eaux ; ce sont des faces arrondies , ondulées
et rongées dans les parties les plus tendres. J’ai
encore vu un bel exemple du même fait dans la
vallée de l’Ardèche : à quatre lieues au-dessus du
point où cette rivière se jette dans le Rhône , les
eaux se sont ouvert, au bas d’une digue de pierre
calcaire qui barre transversalement la vallée, et
qui a environ 70 mètres de hauteur et 3o d’épaisseur
, un passage ayant l ’aspect d’un beau pont
dont l’arche aurait 3o mètres de hauteur et 5o de
largeur (1). Il y en a un pareil en Yirginie , le 1
(1) Voyez les dessins de ce pont dans VHistoire naturelle du Vi-
varaïs , par Soulayie, tom. I.
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