
et dans la plupart des déjections houeuses des autres lieux.
Ces salses ont été décrites dans le plus grand détail par Spallanzani
qui les a soigneusement observées. Dans leurs grands pa-
roxismes, elles lancent, à quelques mètres de distance, des
pierres de plusieurs quintaux, et elles vomissent des courants
de boue qui s’étendent jusqu’à mille mètres : ces fortes explosions
produisent de petits tremblements de terre dans le voisinage.
Le gaz qui les occasione est du gaz hydrogène chargé
de pétrole et d’un peu d’acide carbonique (1).
Pallas a été à même d’observer de pareils volcans d air en
Crimée, notamment dans l’île Taman : en 179^’ un ^ eux se
rouvrit avec un bruit semblable à celui du tonnerre ; il en sortit
de la fumée et des flammes qui s’élevèrent à plus de cent mètres;
il lança, à de grandes distances, de gros blocs de limon desséché,
et vomit des courants d’une vase bitumineuse dont un
avait huit cents mètres. Il existe de pareils volcans boueux
à Java, à la Trinité, etc. On les retrouve en Amérique, dans
la province de Carthagène , au milieu d’une plaine élevée.
M. de Humboldt a vu une vingtaine de petits cônes dont la
hauteur était de sept à huit mètres; ils y portent le nom de vol-
cancitos ; ils sont formés d’une argile bleuâtre, et leur sommité
présente une ouverture remplie d’eau, à la surface de
laquelle l’air vient crever avec explosion, eu lançant souvent
de la boue.
Les salses sont évidemment dues , d’après ce qui vient d’être
dit, et d’après les observations de Spallanzani, à des dégagements
de gaz hydrogène: tout pareil dégagement qui se formerait dans
des lieux humides et qui traverserait une couche d’argile, produirait
une salse : on connaît d’ailleurs l’affinité géologique qui
existe entre cette terre et le sel commun. M. Ménard de la Groye,
qui a fait une étude particulière de ce phénomène, qui a remar-
(1) Spallanzani, Voyages, tom. Y.
que qu’il se présentait principalement dans les lieux où le pétrole
abonde, et qui a observé de plus que le gaz est de 1 hydrogène
carbonné, pense qu’il est fourni par ce bitume minéral
(1).
C ’est encore à une même cause que sont dues les flammes
que l’on voit sortir quelquefois de la surface de la terre , des
eaux et même des roches, soit naturellement, soit à l’approche
des corps enflammés. Ces terrains ardents et fontaines ardentes
sont encore communs dans le Modenais, et ont été
décrits par Spallanzani : on en voit aussi en Dauphiné, en
Perse, etc. (2) : dans l’Amérique méridionale, près de Cu-
mana, M. de Humboldt a vu sortir de deux cavernes , dans des
montagnes calcaires, des flammes qui semblaient s’élever, dans
quelques moments , à cent pieds.
Au reste, tous ces phénomènes , ainsi que nous l’avons remarqué
, n’ont aucun rapport avec ceux des volcans proprement
dits. On en dira autant de ceux que présentent les couches de
houille en ignition, dont nous parlerons en traitant des terrains
houillers, que Werner nomme pseudo-volcans, et auxquels
Pallas attribue l’origine des salses.
§ 7 1 . Mais il n’en sera pas de même de jets d’eau Eaux jaîl-
qu’on voit dans quelques pays volcanisés , et qui Geysers,
sont très-vraisemblablement un effet des feux
volcaniques. Les fontaines des Geysers, en Islande,
nous en présentent l’exemple le plus remarquable.
Nous allons le faire connaître. A six lieues au nord
de Skalhot, et à douze lieues de la côte , dans un
pays plat, et au pied de collines peu élevées, on
(1) Journal de physique , tom. 86.
(2) Voyez un mémoire de M. Ménard sur ces terrains, Journal
■ de physique, tom. 85.