
N O TE I".
Définition de la géognosie par TVerner, et du
rang de la géognosie dans les sciences naturelles.
Q uoique la définition que Werner donne de la géognosie, en
allemand, ne soit guère susceptible d’une exacte traduction
française, j’en hasarderai cependant la traduction presque littérale
en disant :
L a geognosie est la pa rtie d e la minéralogie qu i nous f a i t
c o n n a î tr e , dans un o rd r e m é th od iqu e , le g lo b e terrestre en
g én é ra l j et su r -to u t qu i nous f a i t con n a îtr e , d ’ une manié ré
p a r t icu lie r e , les gîtes de MINÉRAUX q u i le composent : elle
e x p o s e leurs r a p p o r t s , leur manière d ’é tre , ainsi que c e lle
des m in é ra u x qu i les constituent, et f in a lem e n t elle peut nous
con du ir e a des notions sur leu r fo rm a t io n .
« Les gîtes de minéraux (que nous avons appelés systèmes
d e masses m in é ra le s , dans notre traité), continue Werner,
sont les espaces souterrains dans lesquels les minéraux ont été
formés et dans lesquels ils se trouvent. Ils sont g é n é r a u x ou
p a rticu lie rs : les premiers sont ces grandes masses mftiérales
dune étendue indéfinie, et dont l’ensemble forme la partie
solide du globe terrestre; les seconds sont ou des parties
des premiers , ou ils sont renfermés dans leur masse. » Tâchons
de donner une idée nette de ce que Werner entend par
gîtes généraux et particuliers. Qu’on se représente le globe formé
de grandes couches ou assises concentriques de matière minérale
, mais chaque assise de nature différente : chacune sera
un gîte g én é ra l,soit qu’elle enveloppe entièrement tout le globe,
soit qu’ elle n’en embrasse qu’une partie : les terrains de granité,
de schiste-phyllade, de houille, etc., seront ainsi des gîtes gén é r
a u x ( allgemeine L a ge rs toe te ) . Ils sont ordinairement divisés
en couches ou assises plus minces , parmi lesquelles il y en a
souvent qui sont d’une matière differente de celle des autres ;
ce sont des gîtes particulie rs (b e so n d e r e Lagerstoete') faisant
partie du gîte général : d’autrefois, celui-ci contient des assemblages
particuliers de substances minérales, q u i, au lieu de former
des assises intercalées dans les autres couches, les coupent ;
tels sont le s t o n s ; ce sont encore des gîtes particuliers. Lorsque
, parlant d’un échantillon de minerai d’étain , par exemple,
on dit qu’il vient de tel filon renfermé dans du granité, ce filon
représente ici le gîte pa r t icu lie r de cet échantillon, et le granité
en est le g î te général. Le mot gîte d e m in é ra u x est trop
peu usité dans la minéralogie française, pour que nous ayons cru
devoir l’employer dans notre ouvrage pour les gîtes g e n e ra u x ,
que nous désignons d’ailleurs d’une manière très-convenable
sous le nom de fo rm a tion s ou de terrains. Quant aux gîtes
p a r t icu lie r s , sur-tout en ce qui concerne les gîtes d e m ine rais,
nous en avons conservé la dénomination, et la seconde section
de la seconde partie de ce traité leur est consacrée.
A in s i, d’après le plan de Werner, et c’est celui que nous
avons suivi, un traité de géognosie doit-être l’e x p o s é d e nos co n naissances
sur le globe en g é n é r a l , et p r in cip a lem en t sur les
gîtes d e m in é ra u x ; cette dernière partie concerne la constitut
ion minérale du globe, et nous avons compris ce qui était
relatif à la première sous le nom de constitution p hysique . Il
est superflu de rappeler que , dans un ouvrage de la nature de
celui-ci, lorsqu’on parle de nos connaissances sur le globe, il ne
s’agit que de connaissances générales : ce qui tient à chaque
localité est l’objet de la géographie ( physique et minéralogique ).
Jetons, avec Werner, un coup-d’oeil sur la place qu occupe
la eéognosie O » dans les sciences naturelles.