
Faite.
il est vrai, dans la nature, avec toute la régularité
de celle dont nous venons de tracer l’esquisse ;
la forme et la disposition de leurs parties sont toujours
plus ou moins altérées ou oblitérées; maisplus
elles en approchent, plus elles sont régulières. On
pourra se faire une juste idée de ce qu’elles sont
en stricte réalité, en jetant les yeux sur une carte
des Pyrénées : on y verra la manière dont les versants
sont découpés par les vallées, et jusqu’à quel
point la direction de celles-ci, et par conséquent
celle des rameaux intermédiaires , est perpendiculaire
au faîte.
Après avoir ainsi donné la définition et assigné
la position des parties d’une chaîne , nous exposerons
successivement ce que nous avons à dire de
général sur chacune d’elles.
Parties d'une chaîne.
§ 2i. Le faîte (i) d’une chaîne , étant la ligne
(droite, courbe ou brisée) que l’on imaginerait à
la jonction des deux versants , 'fait la séparation
des eaux qui coulent de part et d’autre de la
chaîne ; de là vient le nom de ligne de partage des
eaux ( divortia aquarum ) qu’on lui donne quelquefois;
de là vient encore celui déversants donné
(i) Le faite des grandes chaînes était désigné, par les Latins,
sous 'a dénomination de juga montium. il est assez extraordinaire
qu’il n’ait pas un nom particulier dans notre langue. Dans plusieurs
provinces du midi de la France , il porte celui de serre,
lequel a vraisemblablement la même origine que le mot espagnol
sierra, chaîne de montagnes.
aux pentes. Sa détermination exacte sur le terrain
devient quelquefois d’une grande importance ;
par exemple , lorsqu’on veut le faire servir à la
fixation des frontières entre deux états limitrophes
; et cela arrive fréquemment : c’est ainsi
qu’en i 659 , il fut stipulé, par le traité des Pyrénées
(a r t 4 2 ) , que le faîte de ces montagnes
formerait la limite entre la F rance et 1 Espagne,
à quelques petites exceptions près. Je remarquerai
à celle occasion que les faîtes des grandes
chaînes sont, sous les rapports naturels , les limites
les plus réelles qui puissent exister entre
deux pays ; et que , sous les rapports politiques,
elles sont encore les plus convenables, plus meme
que les grands fleuves.
D’après ce que nous avons dit sur lastiucture
des chaînes , il semblerait que lorsqu’on en traverse
une , de suite apres avoir atteint son faite ,
en montant sur un des versants, on doit descendre
sur l’autre ; cela arrive effectivement quelquefois
: mais souvent le faîte a une largeur considérable,
et il faut la traverser pour aller d’un versant
à l’autre; très-rarement, dans les montagnes
de la France et des contrées voisines , cette largeur
est-elle d’une lieue : mais ailleurs elle a des
dimensions bien plus considérables . dans le
Lang-Field , en Norwége , le faîte est un grand
plateau ayant presque par-tout de huit, dix et
même douze lieues de large , au rapport de