
peu-près la même épaisseur , il est impossible de
ne pas voir que toutes ces couches sont des dépôts
placés successivement les uns sur les autres ; et
rien de plus naturel et de plus facile à expliquer
que les joints ou fissures qui séparent ces diverses
couches. Lorsque nous voyons également,
dans un terrain houiller , les couches de houille ,
de grès et d’argile schisteuse , suivre toutes les
inégalités et tous les contours du bassin qui les
renferme, baisser et se relever selon que le fond
de ce bassin baisse ou se relève , il est impossible
de ne pas reconnaître en elles des dépôts successifs
qui se sont formés et moulés les uns sur les
autres. Rien n’est plus aisé à concevoir et à expliquer
que la stratification en grand de ces terrains,
et les circonstances qu’elle présente. Si nous passons
à la stratification proprement dite, à celle
des couches elles-mêmes, en examinant une couche
d’argile , par exemple , divisée en strates qui
diffèrent entre elles ou par une nuance de couleur
, ou par une différence dans la dureté due
quelquefois à une petite quantité de silice ; en
examinant une couche de grès divisée en strates
différentes par la grosseur du grain ; en voyant
une couche de houille divisée en deux ou trois
strates par des nerfs ou masses pierreuses, encore
ici toutes ces strates paraîtront évidemment des
dépôts successifs : on sera porté à penser que ,
lorsqu’ils se sont faits, il s’est écoulé un intervalle
de tems notable entre chacun d’eux; que l ’un était
déjà plus ou moins consolidé, lorsque l ’autre s’est
déposé ; et qu’ainsi les joints qui les séparent,,
c’est-à-dire les fissures de la stratification, doivent
être bien distincts.
Mais si nous allons plus avant, que nous voyions
une couche d’argile ou de houille , en se divisant
toujours dans le même sens, finir par ne plus
donner que des feuillets, nous ne pourrons plus
regarder chacun d’eux comme un dépôt successif,
et leurs joints comme l’effet d’un laps de tems
écoulé entre leur formation : cette division tiendra
principalement à la nature de la roche ; et
cependant elle a de grands rapports avec la stratification
; elle paraît y faire suite , car il est souvent
bien difficile de tracer une démarcation
en tre les joints des strates et ceux des feuillets.
Passons aux terrains primitifs. Lorsque nous
verrons, dans une montagne de schiste-micace ,
une couche d’un beau calcaire blanc, ayant quelques
mètres d’épaisseur, se prolonger à plus de
mille mètres de distance, recouverte par une couche
de schiste-chlorite , contenant du fer oxidulé,
ainsi que je l ’ai vu à Planaval, dans le pays d’Aoste,
il sera encore évident que ces couches sont des
dépôtsou desprécipités successifs. Mais d’où vient
que la couche calcairen’est point stratifiée, comme
celle de schiste-chlorite ? L’une n’est-elle qu un
seul dépôt ou un précipité opère tout-a-la-fois?