
auxquels se réunissent ainsi les diverses chaînes
d un même système , sont les noeuds du système ;
et les grandes vallées qui en partent, qui séparent
les chaînes , et dans lesquelles coulent ordinairement
des fleuves, ne sont plus du meme ordre
que celles qui découpent les chaînes en rameaux;
elles sont d un ordre majeur ; ce sont les vallées
principales des régions : telles seraient, dans notre
exemple , celle du Danube en premier rang , et
celle du Rhin et du Rhône en second.
Au reste, les traits, qui dans l ’origine unissaient
peut-être des chaînes , peuvent s’être oblitérés et
effacés. 11 parai t que c’est le cas pour le Jura, dépendance
manifeste des Alpes, et qui en est maintenant
presque entièrement séparé : il forme au-
devant d’elles un groupe isolé de six rameaux
ou chaînons parallèles , se tenant par leur extrémité
supérieure, et baissant de hauteur , comme
par étage , à mesure qu’ils sont plus éloignés des
Alpes. J observe ici qu’en montrant la liaison qui
existe, ou qui a pu exister, entre des chaînes de
montagnes, je ne dis point que toutes soient réellement
liées entre elles.
Si de l’Europe nous passons en Asie et que nous
y suivions la grande bande élevée , nous la verrons
, vers les monts Himmalaya, au nord de
l’Inde , éprouver un renflement qui la porte au-
dessus de tous les autres points du globe , et qui
lui donne, sur le faite , une largeur d’environ
trois cents lieues, dit-on (1) : c’est ce qu’on nomme
communément le grand plateau de la Tartarie.
Tout au tour, le terrain baisse graduellement; au
nord , vers la mer Glaciale ; à l’est, vers l’océan
de la Chine ; au sud , vers la mer des Indes ; et à
l ’ouest, vers la mer Caspienne. Ces versants , au
moins les trois premiers, sont sillonnés, à-peu-près
dans le sens de leur plus grande pente , par les
fleuves qui se jettent dans les mers que nous venons
de nommer ; et les massifs qui restent entre
ces sillons , découpés eux-mêmes par des sillons
du second, troisième, etc., ordre, forment comme
autant de grandes chaînes qui se réunissent au plateau
, lequel , comme un énorme noeud , les
lie entre elles. Voilà un seul système, une seule
masse de montagnes, la plus grande de celles qui
existent sur notre globe : toutes les chaînes qu’elle
présente ne sont que les parties d’un même tout.
Cependant elles sont à de si énormes distances
(car il y a mille lieues des montagnes de l ’Indostan
(1) M. de Humboldt, en combinant les observations faites en
dernier lieu sur ces contrées, a réduit considérablement ces dimensions.
Au reste elles importent peu à notre objet; et lors même
que les chaînes que nous avons indiquées n’aboutiraient pas
directement au plateau, nos conséquences resteraient les mêmes.
Au lieu de cet exemple, nous aurions pris celui de la contrée la
plus élevée de l’Amérique , le plateau de los Pastos, qui, sur une
élévation de trois mille mètres , a plus de 85 lieues carrées , et d’où
il part, comme d’un grand noeud, cinq chaînes différentes. Hum~
ooldt, Annales de physique et de chimie, tom. 3.