
prolongea pendant quelques minutes ; ses mouvements
paraissaient agir en sens opposés. Pareille
remarque a été faite à Cumana, lors du
tremblement de 1812 : une première secousse
dura six secondes, une seconde fut double en durée
; puis un bruit souterrain très-fort se fit entendre
, il fut suivi d’un mouvement perpendiculaire
de trois à quatre secondes , et fut terminé
par un mouvement d’ondulation plus long.
Rien ne put résister, dit l’historien, à ces oscillations
croisées, et la ville fut renversée de fond en
comble (1). Souvent elles se reproduisent pendant
plusieurs jours et même pendant des mois entiers.
Lors du tremblement de terre de la Calabre , ce
fut la première secousse , celle du 5 février, qui
fit le plus de mal dans le bas pays ; celle du lendemain
fut plus préjudiciable dans les montagnes,
et celle du 28 mars fut la plus forte de toutes.
Nos édifices résistent rarement à ces secousses;
cependant il faut remarquer que dans les plus
grands tremblements de terre, ceux qui sont
construits avec beaucoup de solidité , supportent
souvent leurs commotions : à Lisbonne , la plupart
des églises furent conservées ; il en fut de
même à Messine , et dernièrement à Cumana , la
cathédrale est restée debout.
Je ne vois pas que les historiens rapportent des
(1) Humboldt, Relation historique du voyage, liv. V, ch. Ier,
faits bien positifs concernant les effets que les
tremblements de terre produisent sur les masses
et les couches minérales : ils n’y occasionent guère
que des fentes, quelquefois, il est vrai, considérables
; c’est ainsi qu’Ulloa rapporte que d?pLS le
Pérou , lors du tremblement de iy/jb , il s’en fit
une qui avait une lieue de long et quatre ou
cinq pieds de large. Après le tremblement de terre
de la Calabre , on remarqua que le terrain voisin
de la mer s’était fendu parallèlement au rivage ,
et qu’il en était de même dans les collines qui
dominent Messine (1). Lors du tremblement de
Lisbonne , deux montagnes, situées près de Me-
quinez en Afrique, se crevassèrent et vomirent
des torrents d’une eau rougeâtre : de pareils faits
ont souvent lieu en Amérique. Nous reviendrons ,
dans la suite de ce chapitre , sur ces effets.
La mer est presque toujours fortement agitée
par les secousses des tremblements de terre. Elle
le fut extraordinairement sur les côtes d’Espagne
et de Portugal, lors du malheur de Lisbonne :
.elle monta plus haut dans le port de cette ville,
qu’elle ne l’avait fait dans les plus fortes tempêtes
; à Cadix, les Ilots s’élevèrent, dit-on , jusqu’à
vingt mètres | ils passèrent sur la digue qui
unit cette ville au continent, et ils y noyèrent un
grand nombre d’habitants qui s’y étaient réfugiés;
(1) Spallanzani, Voyage dans les Deux-Siciles.