
Morcellement
des
couches.
qui s’élève jusqu’à huit cents mètres au-dessus du lac de Genève,
un grand nombre de fragments de roches primitives, dont quelques
uns ont mille mètres cubes : ils n’y sont nulle part en plus
grande abondance et à une plus grande hauteur que vis-à-vis les
grandes vallées des Alpines : ils viennent incontestablement de
ces vallées , et leur nature permet presque d’indiquer les montagnes
dont ils ont fait partie. Dolomieu pensait qu’ils étaient
arrivés dans leur position actuelle, poussés par des torrents,
en descendant sur un plan ou terrain incliné qui s’étendait originairement
des Alpes jusqu'aux parties du Jura, où on les
trouve : ce terrain, aujourd’hui détruit et emporté, remplissait
l’espace maintenant occupé par la basse Suisse. De même,
toutes les plaines du nord de l’Europe présentent, sur un terrain
de transport, de gros blocs de roches primitives. MM. de
Buch et Hausmann ont reconnu l’identité de nature entre ceux
de la basse Allemagne et les masses qui constituent les montagnes
de la Scandinavie, de l’autre côté de la mer Baltique. Peut-
être encore ici ce sera en s’avançant peu-à-peu sur un terrain
incliné , qui occupait autrefois une partie de la Baltique , que
ces blocs seront descendus des montagnes dans les plaines (r).
§ 87. Lorsque l’abaissement du sol ne se fait
que par parties, et que la masse, restant à sa primitive
hauteur, est d’un volume plus considérable,
alors le tout présente l image d’un terrain morcelé
, dont les diverses assises ou couches sont
comme découpées, et des deux côtés de la dé-
(x) Voyez, sur ces faits bien exlraordinaires et sur les hypothèses
à l’aide desquelles on a cherché à les expliquer, Saussure,
§§ 208— 2x2 $ et l ’extrait d’un intéressant Mémoire de M. de
Buch, sur les blocs du Jura , suivi des judicieuses réflexions de
M. Brochant , dans les Annales de chimie et de p h y s iq u e , toxn.
VII et X.
DÉGRADATION DE LA SURF. DU GLOBE. 2 0 0
coupure , c’est-à-dire de l’intervalle qui sépare
les massifs , on voit les parties des mêmes couches
se correspondre parfaitement.
Je vais donner un exemple de ce fait, qui
le mettra hors de tout doute , et qui montrera en
même tems la manière dont il peut se produire.
A Adersbach, en Bohême, et dans un terrain de
grès , on voit une vallée dont le fond plat offre
une grande et belle prairie ; de différents points
de sa surface, il s’élève une multitude de masses
colonnaires d’un grès blanc, ayant quelquefois
j usqu’à cent mètres de hauteur, et qui présentent
l ’image d’énormes quilles dressées sur ce tapis de
verdure. Lorsqu’on se promène entre ces colonnes
, on voit que chacune est composée de couches
qui diffèrent entre elles , soit par la groSseur du
grain , soit par diverses nuances de couleur ; et
on remarque que , dans les colonnes voisines,
les couches de même nature se correspondent
entièrement ; elles sont exactement a la meme
hauteur; et il est impossible de ne pas voir qu elles
ne sont que les portions d’une seule et meme
couche qui traversait originairement toutes les
colonnes, et que les portions intermediaires ont
été enlevées. On n’en saurait plus douter, lorsqu’en
approchant du coteau qui borne la prairie,
on voit les colonnes se rapprocher les unes des
autres, et bientôt ne former plus qu une seule
masse. L à , on a sous les yeux, et de la maniéré