
assez fortement incliné , et que par un effet de
sa configuration primitive, il offre, en un endroit,
une légère dépression, par exemple, un creux
d’une très-petite profondeur. Les eaux pluviales,
soit celles qui tombent directement sur cette sorte
de bassin , soit celles qui y arrivent sous forme
de sources , s’y rassembleront, elles en sortiront
par le point le plus bas du pourtour, et de là elles
descendront sur le terrain incliné , en suivant la
ligne droite ou sinueuse de plus grande pente. En
coulant continuellement sur cette ligne, comme
dans une rigole, elles en corroderont et approfondiront
le sol ( § 4^), et elles s’y creuseront un
lit. Les parois de cette espèce de canal, exposées à
l’action de l ’atmosphère , éprouveront, comme
toutes les roches , ses effets ; les molécules que la
décomposition en détachera tomberont par leur
poids, ou seront entraînées par les pluies dans le
courant, lequel les emportera plus loin. La pesanteur,
favorisée par les diverses circonstances dont
nous vous avons parlé (§§ 45 et 46), occasionera
l ’éboulement de quelques portions de ces mêmes
parois ; des blocs tomberont au fond du sillon, ils
s’y décomposeront, et finiront par se résoudre en
un gravier ou en une terre qui se sera en grande
partie entraînée par les eaux. De cette manière,
et par l’effet continuellement répété de mêmes
agents , le canal s’approfondira , s’élargira , et
il finira, avec le tems , par être une vallée.
Ce n’est que comme exemple d’un accident du
terrain, que nous avons pris une dépression pour
cause première de la formation d’une vallée , ou
plutôt pour cause de l’existence d’une vallée sur
un point et non sur un autre ; car d’ailleurs un
grand nombre d’accidents divers, tels qu’une fente,
un léger pli en forme de gouttière, la présence
d’une roche plus tendre ou plus facile à corroder,
peuvent avoir déterminé l’emplacement.
Quant au mode de formation que nous venons
d’exposer et d’attribuer à l’érosion des eaux courantes
, à l’action décomposante de l’atmosphère,
et aux effets de la pesanteur , il n’y a pas un géo-
gnoste qui n’ait eu occasion de se convaincre de
sa réalité. 11 n’y en a pas un à qui il ne soit arrivé,
en parcourant une chaîne de montagnes, d’entrer
dans une vallée, d’abord large et profonde, se rétrécissant
et diminuant ensuite de profondeur, à
mesure qu’on avance vers son origine , et se terminant
, quelquefois sur le milieu d’un versant, à
un ravin portant encore toutes les marques de son
peu d’ancienneté , et de la cause qui l’a produit.
Vraisemblablement, après une forte pluie, les
eaux se seront portées en abondance et avec force
sur ce point, et le trouvant de nature à se laisser
entamer, elles l’auront raviné. En tems ordinaire,
on les voit souvent tomber dans le ravin , sous la
forme d’un faible ruisseau ; au - dessus , il coule
dans une légère sinuosité du terrain. Avec le tems